Pierre FURLAN – Certains personnages me “ tombent dessus ”

Pierre Furlan a plusieurs casquettes. Il est écrivain, il vient de signer Le Livre des îles noires – Vies de Fletcher. Il est voyageur quand les sujets qui l’inspirent lui imposent « de s’imprégner de l’atmosphère ». Il est aussi traducteur. Il a livré des versions françaises d’ouvrages de Russell Banks ou Paul Auster. Ses trois casquettes, il les change au « gré des exigences ».

SALON DU LIVRE 2019 - Pierre Furlan - arrivée à Epi

« Je ne me déplace pas systématiquement, mais certains livres exigent qu’on aille sur place pour s’imprégner de l’atmosphère. Je n’aurais pas pu écrire sur Fletcher aux Nouvelles-Hébrides sans avoir vu et senti le contexte de son passage, les vestiges des plantations où il vécut à cette époque », rapporte Pierre Furlan à propos de son dernier ouvrage Le Livre des îles noires – Vies de Fletcher. Il est prêt à embarquer ou se faire embarquer quand l’histoire l’exige et/ou ses personnages le saisissent. « Je ne les choisis pas toujours », dit-il à leurs propos.

« Certains personnages me “tombent dessus” »

C’est le cas des agriculteurs de la vallée du Sacramento dans mon premier roman. C’est également le cas pour le collectionneur néo-zélandais du Rêve du Collectionneur. J’ai rencontré la nièce de ce collectionneur, et, en parlant avec elle, j’ai senti qu’il y avait là une histoire extraordinaire à raconter. »

Pour Le Livre des îles noires, il n’avait aucunement l’intention d’écrire sur Fletcher « jusqu’à ce que je fasse la connaissance de sa petite-fille, Mad, métisse mélanésienne. En l’écoutant, j’ai compris que ce qu’on avait dit de cet auteur anglais, surtout en France, était très loin de la réalité ». Et puis, à la clé, « il y avait une aventure, celle d’aller au Vanuatu, dans l’île d’Épi, sur les traces de Fletcher ». Finalement c’est sans doute cela qui anime Pierre Furlan, l’aventure. Qu’il porte sa casquette d’auteur ou de traducteur. L’aventure comme une promesse de découverte et de perfectibilité.

« Mon travail de traducteur me sert beaucoup pour améliorer ma pratique des langues, aussi bien du français que de l’anglais. Traduire exige bien plus de compétences linguistiques qu’écrire. On peut écrire avec un vocabulaire très restreint, mais pour traduire il faut adopter le champ lexical et sémantique d’un autre. »

Pierre Furlan a notamment traduit Russell Banks, Paul Auster ou bien encore Elizabeth Knox. D’après lui, « le pouvoir d’un traducteur semble au premier abord limité. Mais s’il ne perçoit pas et donc n’exprime pas l’esprit de l’œuvre originale, il peut la rendre difficile à saisir ».

Il poursuit : « Je m’en suis rendu compte avec mes propres nouvelles. Certains de mes textes avaient été traduits aux États-Unis et leur traduction, bien que convenable et dénuée de fautes, restait au fond assez éloignée de ce que j’avais cru révéler en français. Je me disais que cela provenait d’une différence impossible à combler entre les deux langues. Et puis, quand Jean Anderson a repris ces textes pour l’édition néo-zélandaise de Bluebeard’s Workshop, j’ai vu une traduction où ce que j’avais voulu exprimer en français résonnait tout à fait en anglais. »

À l’entendre, « si une traduction doit être bonne, elle ne saurait, selon le précepte de l’écrivain anglais Samuel Johnson, être meilleure que l’original ! C’est pourquoi il vaut mieux traduire des textes qu’on aime : on n’aura pas la tentation de les améliorer. »

Rendez-vous

Vendredi 16/11 | 18 h 10 | Rencontre – Récit d’un écrivain aventurier : les coulisses d’un roman vrai

Samedi 17/11 | 17 h 45 | Rencontre – Écrivains en résidence : retours sur expériences

Dédicaces stand Éditions Au vent des îles

Samedi 17/11 | 15 h – 17 h |

Dimanche 18/11 | 10 h – 12 h |


couv-Le-livre-des-iles-noireswebLe Livre des îles noires vies de fletcher

Éditions Au vent des îles [2018]

En 1923, l’aventurier anglais R.J. Fletcher quitte les Nouvelles-Hébrides (elles deviendront plus tard le
Vanuatu), laissant là l’enfant qu’il a eu d’une Mélané-
sienne. Épuisé, sans le sou, il ne se doute pas que dans
une autre vie et sous le pseudonyme d’Asterisk, il sera
un auteur célèbre pour avoir écrit des lettres scandaleuses dépeignant les Nouvelles-Hébrides comme des « îles d’illusion » plus infernales que pa- radisiaques.

Presque un siècle plus tard, Pierre Furlan parcourt à son tour l’île d’Épi. Guidé par la petite-fille mélanésienne de Fletcher, il reconstitue l’histoire mouvementée du célèbre auteur sous un nouvel éclairage : celui de la gé- nération qui a connu l’indépendance. Les événements relatés dans ce récit sont véridiques, comme le sont les lettres de R.J. Fletcher retrouvées et publiées ici pour la première fois.