Peter Bakowski – Rien n’a changé depuis Neandertal

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Peter Bakowski est un poète australien. Il s’inspire du monde pour dire l’Homme depuis cette fameuse lettre de rupture qu’il a reçue à l’âge de 29 ans. Depuis, il partage son temps entre l’écriture et sa boutique de disques « car », reconnaît-il, « la poésie ne me permet pas de vivre ».

Son père, Polonais, et sa mère Allemande, ont quitté l’Europe pour l’Australie en 1950, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Peter Bakowski est né quatre ans plus tard, prématuré, avec une malformation cardiaque. « J’avais un trou dans le cœur. J’ai survis à deux opérations. » Ses parents tenaient une épicerie tandis qu’il allait à l’école. À l’issue du lycée, il a enchaîné quelques petits boulots avant d’ouvrir un magasin de disques. « C’est cette boutique qui, aujourd’hui et les 35 dernières années, me permet de vivre. »

À l’âge de 6 ans, le poète est « tombé amoureux d’une carte du monde ». Il a mémorisé le nom de toutes les capitales, suivi du regard les principales voies de navigation, cherché le nom des grandes rivières et des plus hauts sommets. Il voyageait alors, avec les moyens du bord. À l’âge de 29 ans, alors qu’il séjournait dans la ferme d’un ami à Waco, au Texas, il reçut une lettre de rupture de son amie restée à Melbourne. « Mon premier poème est un cri du cœur. » Il appréciait depuis longtemps la poésie, pour son acuité et sa précision. « Rédiger un poème c’est se débarrasser du superflu », précise-t-il. Mais la séparation a été le déclencheur. De lecteur il est devenu auteur.

À cette époque, il avait envisagé rester six semaines en vacances. Finalement, il n’est rentré chez lui que sept années plus tard. « J’ai parcouru des milliers de kilomètres en stop dans le nord de l’Amérique, j’ai pris des trains de marchandises pour traverser le Montana, vécu dans une grotte d’une île mexicaine appelée la Isla de las Mujeres. J’ai aussi visité à trois reprises en République centrafricaine, au Soudan et en Égypte. « Tous les voyages que j’ai réalisés, les paysages mémorables que j’ai pu apprécier et les gens que j’ai rencontrés sont autant de sources d’inspiration. » Peter Bakowski voyage pour comprendre « ce qui est universel à l’être humain ». Il écrit dans la même optique. « C’est mon moyen d’expression, je cherche par-là, à répondre à cette éternelle question : pourquoi sommes-nous là ? « . Ses textes puisent au fond des êtres, pour découvrir ce qui guide les Hommes et ce qui les limite.

Installé chez lui, le plus souvent, il est aussi capable de rédiger dans une salle bruyante et pleine de, monde comme un café. « Si personne ne vient me déranger, je peux rester concentrer des heures. » S’il peut se relever la nuit pour noter les mots et idées qui lui viennent à l’esprit, Peter Bakowski n’attend pas l’inspiration, il se bat contre les redoutables pages blanches. « Quand j’ai commencé, je m’étais même obligé à terminer un ou plusieurs poèmes au moins une fois par semaine, tous les lundis. » Cette méthode, assouplie depuis, a fait ses preuves.

En guise de conclusion, à la question : « Comment voyez-vous le monde aujourd’hui ? », Peter Bakowski répond : « Je vois de la peur et du tribalisme, finalement rien n’a changé depuis l’homme de Neandertal. Le nationalisme va croissant, les gens veulent posséder, ils sont territoriaux. Une tendance que les médias accentuent. Je pense que nous pouvons garder espoir, si et seulement si, les gens acceptent de partager, s’ils se mettent à se respecter les uns les autres et s’ils se mettent à respecter leur environnement. »

le-coeur-a-trois-heurescouvLe cœur à trois heures du matin

Ed. Bruno Doucey (2015), traduit par Mireille Vignol

Le cœur à trois heures du matin rassemble, dans une édition bilingue, des poèmes écrits par Peter Bakowski entre 1995, année où fut publié In the Human Night, et 2014, date de son dernier recueil, Personal Weather. D’un texte à l’autre, même ton décalé, même fausse simplicité, même propension à transmuer la quotidienneté en poème. La guerre en Bosnie, les mains usées d’un vieil homme, une intervention chirurgicale, la vie de Billie Holiday, les tourments d’un enfant bègue, l’autoportrait du 27 janvier 2001, la peinture de Diego Rivera, un cœur qui chavire, des rêves de liberté… Le poète, qui paraît avoir convié Jacques Prévert, Allen Ginsberg et Jack Kerouac à sa table de travail, nous invite à faire un pas de côté pour voir le monde autrement.