Michel RABAUD – “ Le plurilinguisme est un cadeau, pas un fardeau ”

Michel Rabaud a enseigné la littérature française avant de faire carrière au ministère de la Culture, où il a notamment participé à l’évolution de la politique en matière de langues et de plurilinguisme à l’école. Il est également pianiste, compositeur et… traducteur.

Capture d’écran 2018-09-19 à 15.04.17Pour Michel Rabaud, James Norman Hall est « une découverte ». Il vient de traduire La jambe du docteur Dogbody. Ce livre lui a donné envie de continuer avec cet auteur dont il a traduit L’île perdue. Il s’est intéressé à la démarche de James Norman Hall qui, « volontaire de la Première Guerre mondiale, aviateur casse-cou et médaillé, a réagi à sa manière aux horreurs de 1914-1918 en renonçant au monde apparemment civilisé pour s’installer à Tahiti ».

À propos de L’île perdue : « C’est un roman où le narrateur, plein de confiance naïve dans le progrès technologique, raconte comment il a perdu toutes ses illusions et son optimisme en devant raser un îlot paradisiaque pour le transformer en base aéronavale. Hall a mis beaucoup de lui-même dans ce personnage désabusé et offre, entre les lignes et avant l’heure, une vigoureuse réflexion écologique qui nous touche particulièrement aujourd’hui. » Enseignant en littérature, responsable successivement de théâtre, de politique culturelle et finalement de politique linguistique au ministère de la Culture, Michel Rabaud est un lettré, attentif aux mots. Il aime la langue, ou plutôt les langues, puisqu’il parle également l’anglais et l’espagnol, et s’est battu pour ouvrir les portes au plurilinguisme à l’école. « Il me faudrait du temps et de l’espace pour évoquer les débats récents et les tournants heureusement pris en matière de plurilinguisme. L’institution scolaire y était réticente jusqu’à ces dernières années, arc- boutée sur une ancienne tradition monolingue républicaine qui avait chargé l’école d’enseigner le français au détriment des langues locales. »

« Heureusement, les chercheurs ont prouvé de manière indiscutable que le plurilinguisme bien maîtrisé est un atout, et non un handicap, pour les études des enfants. Rien n’est pire pour eux que d’avoir honte de la langue parlée en famille. Je suis assez content d’avoir pu modestement contribuer à ce renversement de tendance. »

Sa passion pour les mots, qu’il partage et transmet dans la mesure du possible, est doublée d’une passion pour les sons et les tons. « La musique est une partie essentielle de ma vie, depuis qu’enfant je me glissais sous le piano pour écouter ma mère travailler. Elle me touche profondément, comme la littérature, mais d’une manière très différente, peut-être complémentaire. Il y a quelque chose en elle d’abstrait et de sensible qui échappe à la formulation et à l’analyse. » Il a mené depuis l’enfance des études musicales de piano avec sa mère, qui était pianiste, puis d’écriture musicale avec des maîtres du Conservatoire. « J’ai été un des lauréats du concours de jeunes chefs d’orchestre de Besançon en 1970. » Depuis qu’il est à la retraite, il a retrouvé « avec joie » toutes les activités qui l’animent : le piano, la composition et la traduction. Des activités qui résonneront en Polynésie dans le cadre de ce salon.

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 8 h 50 | Conférence – Le pluriliguisme en milieu scolaire, véritable facteur d’épanouissement et de réussite

Dimanche 18/11 | 9 h 05 | Rencontre – Michel Rabaud, traducteur des romans La jambe du Docteur Dogbody et L’île perdue, de James Norman Hall

Dédicaces sur le stand ’Ura éditions

Jeudi 15/11 | 10 h – 12 h |

Dimanche 18/11 | 10 h – 12 h |


La jambe du Docteur DogbodyLa jambe du Docteur Dogbody

De James Norman Hall, ‘Ura éditions [2018]

Dans ce roman de mer, situé après la fin de l’aventure napoléonienne, le docteur Dogbody, chirurgien de la marine anglaise et hâbleur extraordinaire, raconte comment il a perdu sa jambe. Ces dix chapitres hauts en couleur, où l’on parcourt les continents et les océans, offrent dix récits différents et tous convaincants de la perte de cette fameuse jambe bâbord. Auteur avec Charles Nordhoff de la célèbre trilogie du Bounty, James Norman Hall publia seul en 1940 ce roman, qui est son ouvrage le plus personnel. Mê- lant la fantaisie bouffonne et l’héroïsme échevelé, la satire et l’émotion, ce chef- d’œuvre est aujourd’hui accessible en français.


0818-ura-ile-perdue-couvok-1L’île perdue

De James Norman Hall, traduit par Michel Rabaud, ‘Ura éditions [2018]

Après le désastre de Pearl Harbor, l’ingénieur américain George Dodd est chargé par son gouvernement de construire une base aéronavale dans un des atolls de Polynésie. Il doit pour cela raser un îlot paradisiaque où vivent, en parfaite harmonie avec la nature, une centaine de Polynésiens.

À son retour de mission, le narrateur raconte la découverte de cette vie simple et heureuse, et son œuvre désolante de destruction qui a ruiné sa croyance optimiste dans la civilisation du progrès.
Avec cet ouvrage sensible et indigné, écrit à chaud en 1943, au fort de la guerre du Pacifique, James Norman Hall nous invite à une réflexion écologique avant l’heure, qui frappe aujourd’hui par son actualité.