Marcus Malte

16/06/2007 MARCUS MALTE Author

Marcus Malte est « un type qui écrit des histoires ». Romancier depuis plus de 20 ans, il a été propulsé au devant de la scène littéraire en 2016 grâce au prix Femina. Il reste un homme humble, un auteur dont les efforts et les doutes sont balayés par les émotions qu’il suscite chez ses lecteurs.

Lui se dit romancier « et c’est tout ». Il est « un type qui écrit des histoires en s’efforçant d’en soigner le fond et la forme. Et qui, de cette façon, tente de créer quelque chose qui approcherait la beauté, l’art ».

Il a commencé vers l’âge de 10 ou 11 ans. « Je m’y suis mis, je pense, parce que j’adorais lire et que j’avais envie de reproduire moi-même ce plaisir que j’éprouvais lors de la lecture. Un phénomène d’imitation. Et puis sans doute aussi parce que j’ai toujours senti le besoin de créer quelque chose. Ce besoin ne m’a pas (encore) quitté. »

Il dit qu’il a lu «de tout». Qu’il a écrit «de tout». « Beaucoup ». Et qu’il y a pris goût et de plus en plus. Son premier roman est sorti en 1996, il avait 29 ans et avait baptisé son texte, Le Doigt d’Horace (parution chez Fleuve noir, réédité chez Gallimard). C’est l’histoire de Mister, un musicien noir qui joue du piano dans une club parisien où un certain Franck, venu le féliciter, lui révèle un soir avoir tué trois individus. Avec Bob, un ami chauffeur de taxi, Mister se lance dans une enquête pour en savoir plus.
La musique, Marcus Malte connaît. « J’ai joué du piano dans ma jeunesse, mais ma jeunesse… est bien loin. Je ne joue plus. » En revanche, il aime à dire qu’il écrit « comme on compose. Le son d’abord. Le rythme, ensuite ». Là, il cite Verlaine à propos de la littérature : « de la musique avant toute chose ». Pour Marcus Malte, il y a un lien très étroit entre la musique et la littérature. « Je suis peut-être un musicien raté qui utilise maintenant des mots à la place des notes. » Peut-être. Les dames du Femina confirment qu’il a bien fait de se mettre à utiliser les mots. Elles lui ont décerné leur prix en 2016 pour Le Garçon, aux éditions Zulma. Ce roman raconte le parcours, au début du vingtième siècle, d’un enfant sauvage et mutique qui va s’efforcer de devenir un homme envers et contre tout.

Une belle leçon d’humilité

Pour l’auteur, la récompense a été « un grand plaisir », « une grande satisfaction », mais en même temps « cela m’a fait gentiment sourire car nombre de lecteurs découvrent mon nom et mon travail aujourd’hui alors que je publie des livres depuis plus de vingt ans ! Combien m’ont demandé, depuis l’attribution du prix Femina, si c’était mon premier roman ! Tout cela reste une bonne chose puisque ça fait découvrir mes romans à un public beaucoup plus large, et c’est en même temps une belle leçon d’humilité ».
Quand il n’écrit pas, quand il ne lit pas, Marcus Malte marche, écoute de la musique, va au cinéma. Il passe aussi beaucoup de temps avec ses lecteurs. « J’ai toujours fait des rencontres avec eux, notamment avec le public scolaire, car j’écris aussi pour la jeunesse. » Cette année en particulier a été extrêmement riche, prix Femina oblige, il a parcouru des centaines de milliers de kilomètres.

Je ne fais peut-être pas ça pour rien

Ces rencontres l’animent. Elles le tiennent sur son chemin, celui de la littérature. « De temps en temps un lecteur, jeune ou moins jeune, me fait part de son émotion après la lecture d’un de mes livres, d’une manière vraiment sincère et touchante, et alors cela m’émeut à mon tour. Cela balaie l’espace d’un instant tous mes doutes quant à la légitimité et à l’utilité de mon travail, cela justifie en quelque sorte ces innombrables heures de labeur : non, je n’ai peut-être pas fait tout ça pour rien… »
Il arrive en Polynésie pour participer à un salon du livre sur le thème [vɛʁ] et aller à la rencontre des scolaires. L’homophonie de ce mot semble « inspirante » pour Marcus Malte. « Pour rejoindre la musique, on pourrait même parler de polyphonie, et par conséquent de polysémie, et tout ça… en Polynésie ! Nous y revoilà : la musique et les mots. C’est tout ce qu’il nous faut. »

Le garçon

LeVieuxJardinAW+Ed. Zulma (2016)

« Ce roman est une météorite tombée dans les plates-bandes du monde littéraire. »
Mona Ozouf, Présidente du jury du Prix Femina
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. «C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, Le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

Les harmoniques

Beau Danube Blues

Couv Les harmoniquesÉd. Gallimard, coll. Série Noire (2011)

Prix Mystère de la critique 2012

Souviens-toi, on rêvait d’un monde de justice…
Vera Nad, vingt-six ans, jeune femme au visage d’ange. Morte. Son corps, ou ce qu’il en reste, est retrouvé un matin dans un entrepôt désaffecté. La police conclut à un règlement de comptes entre dealers. Les coupables sont rapidement arrêtés. Affaire classée. Pas pour tous. Mister, le pianiste au grand cœur, et Bob, son acolyte, chauffeur de taxi érudit, ne croient pas à cette version des faits. Vera était leur amie, ils se doivent de mettre au jour la vérité. Une quête qui les conduira des hautes sphères de la poli- tique française jusqu’aux rives lointaines du Danube. De Paris à Vukovar. Des riches demeures des princes aux charniers des Balkans. Du présent au passé. Car en tout temps règnent le mal et la corruption, en tout lieu les plus bas instincts de l’homme se déchaînent. Et seul l’écho des cris des victimes ne meurt jamais.
Quatre ans après le phénoménal Garden of love, Marcus Malte renoue avec son duo de personnages fétiches pour composer cette fois une somptueuse ballade aux accents jazz. Un chant d’amour, poignant, dans lequel ces « voix chères qui se sont tues » n’en finissent pas de résonner.

 

L’échelle de Glasgow

Couv L'échelle de GlasgowSYROS Jeunesse (2007)

À partir de 9 ans

Pour le faire revenir à la vie, un père entreprend de raconter à son fils Michaël, dans le coma, une histoire qu’il pensait ne jamais dire à personne… Cette histoire, c’est celle d’Astro Man et de Catfish, deux garçons qui, à quinze ans, avaient une vision bien précise de leur avenir : ils voulaient devenir des stars du rock, des guitar heroes… Ils avaient juré, aussi, que leurs routes ne se sépareraient jamais. Mais tandis qu’à force de travail Catfish devenait un honnête guitariste, il apparut très vite qu’Astro Man avait cette petite chose en plus, à la fois évidente et indéfinissable, à laquelle on reconnaît le génie.