Ismet KURTOVITCH – Faire de l’humour, c’est ce que j’aime par-dessus tout !

Ismet Kurtovitch est historien, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie contemporaine. Il est également, depuis 1983, dramaturge. Même s’il aborde dans ses pièces de théâtre des sujets sensibles pour « faire ressortir l’identité singulière des Calédoniens, les Caldoches », ce qu’il préfère, c’est faire rire.

Exif_JPEG_PICTURENé à Nouméa, Ismet Kurtovitch a suivi toute sa scolarité dans la capitale calédonienne et à Bourail, sur la côte ouest. Il a étudié à l’Unité de formation et de recherche en sciences de l’information et de la communication à Paris. Il est rentré chez lui une fois son DEA en poche. « J’ai été enseignant, collaborateur politique de notre ministre de la Culture puis j’ai intégré les archives de la Nouvelle Calédonie comme historien. J’y travaille toujours. » Militant anticolonialiste, Ismet Kurtovitch a fondé et dirigé les Éditions populaires (Edipop), une maison d’édition qui publie des ouvrages défendant la cause nationaliste kanak. Une corde de plus à l’arc de cet historien, enseignant, politique mais aussi dramaturge.

« J’ai toujours aimé le théâtre », répond-t-il à la question « pourquoi vous êtes-vous mis à écrire ? ».
En 1983, à l’âge de vingt-neuf ans, il s’est lancé. « J’ai commencé par adapter une pièce de Sartre, La Putain respectueuse, qui a été jouée à Nouméa. » Puis est venue Pastorale calédonienne en 1988. À l’époque, il voulait écrire une pièce sur « les Événements ». Ceux qui ont eu lieu entre 1981 et 1989 en Nouvelle-Calédonie. « Alors j’ai pris le prétexte peu original d’une situation à la Roméo et Juliette, pour essayer de poser une problématique humaine dans le contexte politique. La difficulté, naturellement, ayant été de n’être ni partisan ni manichéen car cela aurait été trop facile. Et la vie n’est pas ainsi ! » Il a ensuite ajouté « des considérations générales un peu déjantées sur l’air du temps et sur l’époque. Et voilà tout ! ». Pastorale calédonienne a connu un certain succès. « La pièce est appréciée, reconnaît Ismet, mais elle est peu jouée. Elle l’a été une fois seulement au Centre culturel Tjibaou en 2001 et en octobre 2013, à Auckland. Maureen Burck, l’a mise en scène avec la troupe University of Auckland Postgraduate Drama. Elle a été publiée en anglais en 2002 et en français en 2017.

« Dans cette édition, j’ai ajouté une variante : le Monologue de Richard. Il porte toujours sur les Événements mais avec un autre point de vue : celui d’un non- indépendantiste devenu aveugle à la suite d’un tir de grenade lacrymogène. C’est un texte qui n’a pas été facile à écrire. »

Ismet Kurtovitch a par ailleurs signé des comédies broussardes qui ont été filmées pour la télévision et deux pièces historiques. « L’une sur l’arrestation des Japonais pendant la guerre chez nous et l’autre, publiée en France, sur la présence américaine pendant la guerre du Pacifique. »

Pour l’heure, il en reste là. Il n’envisage pas de collaboration avec son frère, Nicolas, lui aussi auteur, car « je ne me considère pas comme un écrivain. J’écris très peu, très lentement et uniquement du théâtre alors que lui écrit des poèmes, des nouvelles, des romans et peu de théâtre. Je viens de terminer une pièce qui m’a occupé pendant deux ans et qui ne fait que six pages ! », lance-t-il en riant.

Quant au rendez-vous historique qui s’annonce en cette fin d’année en Nouvelle-Calédonie, le référendum d’autodétermination, rien ne dit qu’il s’en inspirera. « J’écris pour faire ressortir l’identité singulière des Calédoniens, les Caldoches comme on dit. Mais aussi faire de l’humour car c’est ce que j’aime par-dessus tout. »

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 17 h 35 | Rencontre – Le théâtre indigène en Kanaky

Vendredi 16/11 | 15 h 05 | Conférence – Institutionnalisation de la coutume en Nouvelle- Calédonie et présentation de Coutume Kanak

Dédicaces sur le stand Lire un Pays

Vendredi 16/11 | 16 h – 18 h |

Dimanche 18/11 | 10 h – 12 h |


Couverture-Pastorale-copiePastorale calédonienne, suivie de Monologue pour Richard

Éditions Écrire en Océanie [réédition 2017]

Ces deux pièces de théâtre abordent avec discrétion et subtilité un sujet qui appartient désormais à l’histoire : les Événements de Nouvelle-Calédonie durant les années quatre-vingt. Dans Pastorale calédonienne, un Roméo « caldoche », une Juliette « kanak » composent avec humour, poésie et pas mal de fantaisie un duo moderne et tragique.

Monologue pour Richard, texte original et désabusé, revient sur la vie d’un homme que les Événements ont rendu aveugle. Il peut arriver qu’un détour par la fiction ramène encore plus sûrement à la réalité, telle est l’ambition réussie de ces deux situations.

Prix Popaï 2017