Estelle Castro-Koshy – ses vies dans la Vie

CastroKoshy_ESTELLE_taken by Paul Neil

Estelle Castro-Koshy est enseignante-chercheuse. Convaincue que, dans les pays ayant été structurellement démembrés par le colonialisme de peuplement, la construction d’une société juste et humaine ne peut se faire qu’avec les populations autochtones, elle travaille au plus près des auteurs aborigènes.

« J’ai grandi avec des histoires de résistants et de personnes qui ont combattu le colonialisme et l’injustice. Je sais que je suis là grâce à tous ceux qui ont lutté contre l’occupation de la France, contre le nazisme, et ont tendu la main à d’autres », rapporte Estelle Castro-Koshy.

Elle ajoute, « j’ai la grande chance d’avoir rencontré et grandi auprès de belles personnes grâce à qui j’ai été témoin de mille et une manières dont peut se manifester l’attention à l’autre, au monde qui nous entoure, et à l’invisible pourtant présent. Poésie et littérature sont l’une de ces manières, elles sont des portes luni-solaires vers une plus grande humanité. » Estelle Castro-Koshy, émue par « les actes de bonté », « les engagements pour la dignité de l’homme et contre toute forme d’oppression », « la capacité et la volonté de voir la beauté du quotidien », « l’attention aux plus vulnérables », « la justice sociale », « la littérature qui invite à grandir et à regarder plus profond et au-delà » est enseignante-chercheuse.

Depuis 2003, ses études portent sur la littérature aborigène et les festivals littéraires et culturels.
Elle s’intéresse aussi aux performances et cinéma aborigènes, à leur réception, ainsi qu’aux littératures autochtones océaniennes, en particulier tahitiennes.

Traduire est, pour elle, « une manière de faire découvrir des œuvres remarquables et d’aller à la rencontre des auteurs dans ce qu’ils ont de plus singulier ». Traductrice d’Un homme de sagesse, elle pense comme Banjo Clarke, l’Ancien aborigène et Camilla Chance, l’auteur, que « l’amour et le pardon sont nos raisons de vivre ».
« Romaine Moreton, poétesse-performeuse, cinéaste et philosophe aborigène goenpul jagara, a dit avec éloquence que : “ l’oppression réside dans [la] confiscation de notre capacité à nous définir nous- mêmes ”. » Estelle Castro-Koshy espère par ses « modestes » moyens contribuer à « la reconnaissance de l’importance que les Aborigènes puissent se définir eux-mêmes et construire leur futur librement ».

Le thème du salon du livre de Papeete 2017 ramène Estelle Castro-Koshy au bouleversement qu’a produit en elle, il y a plus de dix ans, la lecture des œuvres de Flora Aurima Devatine et Chantal T. Spitz. «En sus d’aborder des enjeux cruciaux pour l’Océanie et tout un chacun, relatifs en particulier aux questions de dignité, de liberté et de libération intérieure, leurs écrits ont changé ma perception, mon écoute, et mon utilisation du français. Ces deux grandes auteures font en effet, chacune à leur manière, résonner, vibrer et pétiller la langue française. »

Un homme de sagesse

Éd. Au vent des îles (2017)

Porté par les croyances d’un Ancien aborigène remarquable, Un homme de sagesse est le témoignage émouvant d’une vie qui transcende les discriminations. Le livre nous offre une rencontre authentique avec Banjo Clarke, bouleversant de simplicité, de profondeur et de compassion, par-delà une histoire cruelle. Son amie Camilla a su capter l’essence de son message d’amour et de pardon à travers ses paroles recueillies durant vingt- cinq ans. Des leçons de vie et de bienveillance, universelles et intemporelles, puisées sur la terre de ses ancêtres et qu’il délivre au monde tout en restituant des pans méconnus de l’histoire australienne : des massacres d’Aborigènes, leur participation à la Grande Guerre, notamment en France, l’impact sur plusieurs générations des politiques australiennes d’enlèvement des enfants aborigènes à leurs parents… Un ouvrage dont le cœur encore vibrant garde vivant un homme inoubliable.