Éric Waddell – Rêver d’un monde meilleur, pour tous


eric-waddellBritannique d’origine et ethno-géographe de formation, rien ne semblait destiner Éric Waddell à écrire une biographie de Jean-Marie Tjibaou. Et pourtant!

Enfant de l’Après-Guerre, Éric a grandi dans une Europe en quête de nouvelles valeurs, de dignité humaine, de justice et de fraternité. Dès l’âge de 17 ans il est allé en France avec le Service civil international, travailler auprès d’un prêtre-ouvrier et puis dans un hospice de l’Abbé Pierre. De retour en Angleterre pour ses études universitaires, sa passion pour la «Family of Man», dans toute sa diversité et sa richesse culturelle, a pris forme. D’Europe il s’est rendu au Québec,  pour ensuite poursuivre son chemin en direction du Tiers-Monde. «C’est ainsi que je me suis rendu dans le Pacifique, plus précisément en Nouvelle-Guinée,  en tant qu’assistant de recherche pour un universitaire australien.»

Il a frappé à la porte des Enga, un peuple vivant en autarcie dans la région des Hautes-Terres. «Je leur ai demandé si je pouvais partager leur quotidien. Ils m’ont ouvert les bras, m’ont construit une case, je suis resté auprès d’eux 15 mois.» C’était dans les années 1960, à peine une génération après les premiers contacts avec l’Occident. À l’époque, la région vivait en paix, il n’y avait plus de guerres tribales et pas encore «de capitalisme sauvage, de kalachnikovs, de drogues. Juste des hommes libres, fiers et accueillants.»

L’expérience a permis au chercheur de répondre à ses questions d’ordre écologique mais aussi d’apprendre à «lire le monde à travers d’autres yeux.» Chez les Enga il a compris qu’aucun peuple n’a un monopole sur la Vérité. «La vérité est plutôt quelque chose qui se construit à travers le partage et l’écoute de l’autre.»

Par la suite il a sillonné le Pacifique. «Mes voyages m’ont emmené parfois aux limites du monde occidental.» Un jour, à Fidji, il est tombé sur un entretien avec Jean-Marie Tjibaou. C’était après les événements et la mort tragique du leader charismatique du mouvement indépendantiste kanak. Il a tout de suite senti un appel, une envie d’en savoir plus, de mieux connaître l’homme, son parcours, sa pensée. Au fil de ses lectures et rencontres, il a voulu aller plus loin et entreprendre la rédaction d’une biographie «non pas de l’homme mais de son ‘message au monde’. Je devais absolument faire quelque chose pour lui. Il me semble qu’il a beaucoup à nous apprendre.» Une première version de l’ouvrage est sortie en anglais en 2008, s’adressant surtout aux Océaniens anglophones, et maintenant en français, une langue qu’Éric Waddell maîtrise jusqu’au bout des mots.

Ce travail traduit le cri de cœur d’un auteur qui a le sentiment d’être prisonnier d’un monde divisé en deux. D’une part, il y a ces peuples « des marges du monde dit moderne » qui sont toujours ouverts à l’autre et prêts à partager. D’autre part, se trouvent « ceux qui savent déjà » et notamment des Occidentaux et autres promoteurs du capitalisme mondial qui, sûrs de leurs savoirs et techniques avancent en terrain conquis. « Je les ai vus arriver en Nouvelle-Guinée, à Fidji, à Tonga… Comme des rouleaux compresseurs ils imposent leur vérité, la rationalité, la rentabilité, effaçant tout ce qu’ils considèrent comme appartenant au « passé », se rappelle Éric Waddell, qui conclut : « Bush, le père, en allant au troisième Sommet de la Terre à Rio en 1992, a eu cette phrase terrible : “ Je me déplace avec une seule condition, que the American way of life est non-négociable. ” Il me semble que c’est toujours le cas pour l’Occident tout entier. »

couv-jmtjibaouwebJean-Marie Tjibaou, une parole kanak pour le monde

Ed. Au vent des îles (2016), traduit par Patrice Godin

Jean-Marie Tjibaou, leader charismatique du mouvement indépendantiste kanak des années 1980, est incontestablement une figure emblématique de l’histoire contemporaine de la Nouvelle-Calédonie. Un visage et une parole qui ont par ailleurs largement dépassé les côtes de l’archipel océanien, tant par sa stature d’homme d’État que par la portée universelle de son message. Cette biographie d’Eric Waddell est le fruit d’une longue recherche. Publié d’abord en anglais en 2008, cet ouvrage, désormais traduit par Patrice Godin, est une source d’informations indispensables pour connaître et comprendre le parcours d’un homme d’exception, dont le destin est intimement mêlé à l’histoire de la Nouvelle-Calédonie.