Dora WADRAWANE – On ne peut plus parler de culture orale aujourd’hui

Dora Kameango Wadrawane, auteure de L’Hom Wazo, est chef du service de la culture à la direction de la culture et des affaires coutumières, à la Province des îles Loyauté. Installée sur son île natale, à Maré, elle s’occupe d’un centre culturel et de programmation culturelle.

Dora Wadrawane

Parlez-nous de L’Hom wazo.

C’est ce qu’on appelle un conte initiatique, où j’ai essayé de donner ma vision de l’amour et de la vie commune. C’est l’histoire du passage entre l’enfance/l’adolescence et le monde adulte. Une étape où les événements que l’on vit sont réels et ancrés dans une réalité commune, banale, rassurante, enfantine, acquise, et une étape ou une « fin » où les événements sont mouvants, transformables, fantastiques, changeants selon la force et la volonté de la personne, selon ses convictions, ses croyances, selon l’avenir souhaité. Cela peut paraître inversé, dans l’enfance et l’adolescence, il faut s’asseoir avec la réalité et composer avec, dans le monde adulte, il faut transformer cette réalité et la modeler.

Vous avez écrit ce roman « pour que les jeunes de chez vous puissent se reconnaître », pourquoi ce besoin ?

J’étais une grande lectrice. J’aimais tous les romans jeunesse, les romans policiers, les ouvrages de littérature. Lire pour moi ce n’était pas juste un passe-temps, c’était aussi une manière de s’évader. J’ai toujours aimé cette communion avec un auteur au travers d’un ouvrage. C’est une discussion que vous ne retrouvez nulle part ailleurs. À ma plus grande déception, dans les années 1996-2000, je n’ai jamais trouvé de roman se déroulant au pays. Ils venaient de la métropole ou d’autres pays. Je n’en ai trouvé qu’un seul, Terre Violente, de Jacqueline Senes, et ça m’a plu.

Je voulais écrire quelque chose qui se déroule chez moi en espérant rendre service aux jeunes comme je me serais rendu service à moi-même.

Quelle est la place du livre dans une culture orale ?

Je pense qu’on ne peut plus parler de culture orale aujourd’hui. Nous sommes dans les nouveaux médias : réseaux sociaux, téléphonie, Internet… La télévision a fait son chemin et devient un média révolu. La culture orale prend de nouvelles formes, et c’est à nous de choisir celle que nous voulons lui donner, nous les « peuples premiers » qui avons encore un certain rapport au mythe. Il ne tient qu’à nous d’en décider : ouvrages, danses, pièce de théâtre, musique… Une personne bien ancrée dans sa culture n’a qu’à choisir le média avec lequel elle souhaite transmettre sa culture, son patrimoine. Le livre a ce rapport particulier de tisser du lien entre deux personnes dans le cadre d’une fiction ou d’un ouvrage d’analyse, cela dépendra de sa forme, si c’est un documentaire, il servira plutôt à informer et transmettre.

Moi je préfère la voix du dialogue et du partage, de la connivence, celle des ouvrages de fiction ou d’analyse, où un auteur se donne, donne ce qu’il est au lecteur.

À quoi aspirez-vous ?

Je souhaite développer le milieu artistique et la valorisation de notre patrimoine dans les îles Loyauté. Nous avons beaucoup de richesses qui, malheureusement, ne sont pas assez valorisées. Nous n’avons pas assez misé sur cela dans nos politiques publiques, en tous cas les efforts n’ont pas été fait, et je pense qu’il faut s’y mettre aujourd’hui avec sérieux et conviction pour l’avenir de nos enfants.

Rendez-vous

Samedi 17/11 | 10 h 25 | Fil rouge

Dimanche 18/11 | 15 h 40 | Présentation L’Hom Wazo

Dédicaces sur le stand Lire un Pays

Samedi 17/11 | 14 h – 16 h

Dimanche 18/11 | 14 h – 16 h


l-hom-wazoL’Hom Wazo

Éditions Madrépores [2009]

Patou, qui vit dans sa famille à Maré, apprend que le jeune homme qu’elle fréquente en grand secret est mort brutalement à Nouméa. Cachant sa peine, elle est bientôt prise d’étranges sensations, se sent épiée, suivie. Chaque nuit, ses rêves la transportent dans un autre monde. Elle y est poursuivie par un ennemi qu’elle ne peut identifier. Afin de percer le mystère de cette force inconnue qui bouleverse ses nuits et sa vie, elle consulte une guérisseuse qui lui conseille un remède afin d’y voir plus clair. Mais ses questions restent sans réponse : elle se sent aux prises avec une réalité parallèle. Chaque nuit, Patou devient Manouké, une jeune guerrière héritière de la force de son clan, qui n’aspire pourtant qu’à la paix. Bientôt, elle succombe aux attraits d’un homme- oiseau au regard envoûtant, capable de la transporter dans les airs. C’est un jeune guerrier du monde des anciens, qui se métamorphose dès la nuit tombée. Il veut l’entraîner avec lui dans l’autre monde et, s’il y parvient, elle en mourra.

Prix Michel Lagneau 2009