Patricia GRACE – La grâce des mots

Fondatrice de la « fiction maorie », Patricia Grace a ouvert les yeux du monde sur la culture de son pays. Elle a, grâce à ses nouvelles, ses œuvres de littérature jeunesse, ses mots et son cœur, montré l’essence même de son peuple. À quatre-vingt-un ans, elle poursuit sa route. Elle fait escale à Tahiti avec, dans ses bagages, Chappy qui vient d’être traduit en français et Haka ou la fabuleuse histoire du fameux haka Ka mate.

Patricia-Grace-1Patricia Grace est écrivain. Pas n’importe quel écrivain. Tête d’affiche de ce nouveau salon du livre, elle est la fondatrice de « la fiction maorie ». Son premier recueil de nouvelles, Waiariki and Other Stories paru en 1975 est l’un des premiers ouvrages publiés par une auteure maorie. À ce propos, Patricia Grace nuance : « Ce n’est pas important d’être la première. » Dans cette aventure, seul le résultat compte. « Et puis il y avait d’autres femmes maories dont les textes étaient publiés dans des magazines à cette époque. Je crois qu’en fait, ce sont elles les véritables pionnières. » Née en 1937, à Wellington, Patricia Grace est, elle insiste, « une Maorie d’Aotearoa ». Sa mère est européenne, son père maori. Ses ancêtres paternels la relient aux tribus (iwi) Ngāti Toa, Ngāti Raukawa et Te Āti Awa. Elle est affiliée à la tribu Ngāti Porou par son mariage. Elle est aujourd’hui installée près de la mer dans la baie d’Hongoeka à Plimmerton. Hongoeka est également le nom d’une communauté dans la ville de Porirua, au nord-ouest de Plimmerton, adjacent à la baie d’Hongoeka.

« J’ai, en fait, toujours aimé lire »

Elle a étudié au Teachers’ Training College et à l’université Victoria de sa ville natale avant d’enseigner l’anglais. « Mais j’ai toujours aimé écrire. J’ai, en fait, toujours aimé lire et je pense que c’est cela qui m‘a mené à l’écriture un jour. J’avais une petite vingtaine d’années quand je me suis lancée. » Elle a participé à un atelier d’écriture avant d’être publiée. Waiariki and Other Stories a été reconnu aussitôt paru, et récompensé par le PEN/Hubert Church Award, prix du meilleur premier ouvrage de fiction. Un prix comme une première fenêtre ouverte. Les histoires de ce premier livre racontent les voix maories, les différents aspects de leur vie, les difficultés rencontrées. Car, en plus de faire connaître son peuple, Patricia Grace explore les conflits entre les traditions, la mise à l’épreuve des valeurs communes. Ses livres sont des passeurs.

Avec humour, authenticité et bienveillance, ils relaient les revendications portées par son peuple comme la restitution des terres ancestrales confisquées au XIXe siècle par les colons ou bien la reconnaissance de la langue.

Un « combat » remporté en 1987 quand la Nouvelle-Zélande déclara le reo māori langue officielle. «Patricia Grace a contribué à inscrire une multitude de voix maories dans le paysage littéraire d’Aotearoa », confirme Anne Magnan-Park, traductrice, également invitée du salon du livre. Elle a travaillé sur un certain nombre de ses ouvrages pour les rendre accessibles au public francophone. « Ses écrits ont émergé dans un contexte postcolonial », poursuit-elle.

« Patricia Grace donne voix à une population vigoureuse et résolue, souvent marginalisée, stéréotypée, à des valeurs qui leur sont propres et qui s’inspirent d’un héritage ancestral. »

Récompensée aux quatre coins du monde

Depuis 1975, Patricia Grace a signé de nombreux textes avec, pour guide, sa culture et son pays. Ses ouvrages, sept romans, cinq recueils de nouvelles et plusieurs livres pour enfant, ont reçu des prix nationaux et internationaux. Par exemple, en 2001, elle a reçu le prix Kiriyama, prix du meilleur livre Pacifique pour Les Enfants de Ngarua.

Elle a, par ailleurs, reçu le prix international Neustadt de la littérature en 2008 pour l’ensemble de son œuvre. Un prix qui suit de près le prix Nobel en termes de reconnaissance. Il est d’ailleurs surnommé le petit Nobel américain ! Les textes de Patricia Grace sont également traduits, en français notamment. « Une chance » affirme- t-elle. Une reconnaissance et une confiance qui lui sont fidèlement accordées. C’est dire si ses mots touchent. Ils vont au-delà d’Aotearoa, traversent les mers, gagnent les hommes et les femmes de tous les continents.

Après dix ans d’absence de la scène littéraire, elle a signé Chappy en 2014. Chappy, qui a remporté le prix Nga Kupu Ora, en 2016, est l’histoire d’un Japonais que les circonstances ont porté jusqu’en Nouvelle-Zélande où il s’est lié d’amitié avec un marin maori. Le Japonais est arrêté comme ennemi pendant la Seconde Guerre mondiale. « Cette histoire est principalement racontée par d’autres personnages, son frère adoptif, sa femme, son petit-fils. » L’ouvrage vient tout juste d’être traduit et paraît chez Au vent des îles. Patricia Grace en parlera lors du salon du livre.

Elle évoquera également Haka, l’histoire d’un leader maori très connu : Te Rauparaha. Ce leader, un guerrier, avait des ennemis. Un jour, en voulant leur échapper, il a sans le vouloir composé le haka Ka Mate. Ce haka, rendu célèbre par l’équipe de Nouvelle-Zélande de rugby à XV, est sans doute « le plus fameux poème néo-zélandais », comme le décrit l’historien James Belich. Depuis février 2009, l’iwi Ngāti Toa dont Te Rauparaha fut le chef, s’est vu reconnaître les droits de propriété intellectuelle du Ka mate. La mesure, symbolique, vise à restreindre l’emploi de ce haka dans les publicités sans le consentement de l’iwi désormais « propriétaire ». Patricia Grace, qui appartient elle-même à l’iwi Ngāti Toa, a souhaité raconter l’histoire du Ka mate aux enfants. « En Nouvelle- Zélande, les enfants connaissent le haka, bien sûr, mais il n’y avait jusqu’alors aucun livre accessible pour eux sur le Ka mate. » Le livre illustré par Andrew Burdan est paru en anglais en 2015. Il vient d’être traduit par Yamila Cowan et paraît aux éditions Au vent des îles.

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 10 h 20 | Conférence – Les personnages des nouvelles et des albums jeunesse de Patricia Grace

Jeudi 15/11 | 18 h 35 | Table ronde – Voix littéraires, poétiques et… politiques !

Vendredi 16/11 | 19 h | Rencontre avec Patricia Grace autour de son roman Chappy et de l’album jeunesse Haka

Samedi 17/11 | 14 h 55 | Conférence – Manger la langue

Dédicaces sur le stand Éditions Au vent des îles

Samedi 17/11 | 16 h 30 – 18 h 30 |

Dimanche 18/11 | 14 h – 16 h |


couv--HakapetitwebHaka

Taduit par Yamila Cowan – Éditions Au vent des îles [2018]

Le haka Ka mate est une danse guerrière de Nouvelle-Zélande. Il a été créé par le chef de guerre d’un clan maori. Alors qu’il tentait d’échapper à une tribu ennemie, il imagina les premiers mots de ce qui deviendrait le haka le plus célèbre au monde :

Ka mate ! Ka mate ! Ka ora ! Ka ora !
Ka mate ! Ka mate ! Ka ora ! Ka ora !

Ce livre est la véritable histoire de ce haka, un rituel guerrier qui symbolise la force et la détermination de tout un peuple, qui doit sa genèse au hasard d’un grand moment de doute. Ce texte pourra donner l’occasion de découvrir certaines traditions des Maoris (tatouage, clans, rituels…), peuple autochtone de la Nouvelle-Zélande.

Album jeunesse dès 7 ans.


Couv 978-2-36734-189-7ChappyChappy

Traduit par Jean Anderson et Marie-Laure Vuaille-Barcan – Éditions Au vent des îles [2018]

Le septième roman de Patricia Grace relate avec une certaine nostalgie l’histoire d’une famille maorie sur une période allant des années 1920 jusqu’à aujourd’hui. Un jeune homme, Daniel, ce « garçon boudeur » qui a grandi en Europe, est envoyé chez sa grand-mère Oriwia en Nouvelle-Zélande. Sur une période de dix-huit mois, il apprendra non seulement la langue maorie, mais aussi l’histoire familiale telle que la racontent le vieux Tiakiwhenua, (surnommé Aki, « gardien de la terre ») et sa grand-mère. En plus des histoires individuelles d’Aki, marin et grand voyageur qui épouse une Hawaiienne, et d’Oriwia, qui ne quitte jamais les terres familiales mais devient la femme d’un Japonais déserteur de l’armée, le mystérieux grand-père Chappy, le livre évoque la vie traditionnelle des peuples autochtones du Pacifique et leur grande migration vers les villes avant et après la Seconde Guerre mondiale.

« Patricia Grace, auteure majeure de cette île de l’océan Pacifique née en 1937, mêle les voix pour donner chair à l’histoire néo-zélandaise. Le lecteur apprend beaucoup et se régale de cette époque sur près d’un siècle. La culture maorie, les relations avec le Japon et Hawaï, la solidarité familiale sont autant d’ingrédients qui donnent du sel à ce récit. » Ouest-France

« Chappy permet de prendre conscience des enjeux des îles du Pacifique, comme terre des ancêtres et non terre de spéculations étrangères. C’est raconté délicatement, le récit de ce peuple multiple, riche et soudé. » S. H., L’Alsace

Selina TUSITALA MARSH – La Nouvelle-Zélande est ma maison, mais je suis citoyenne d’Océanie

Les ancêtres de Selina Tusitala Marsh viennent des Samoa, de Tuvalu, de Grande Bretagne, d’Écosse, de France. Elle est la voix des peuples Pasifika, ces personnes descendantes d’îliens du Pacifique. Pour eux, elle écrit en faisant rimer, elle déclame pour faire rayonner une culture qui gagne doucement en reconnaissance.

selina marsh in performance« Je suis née à Aotearoa, Nouvelle- Zélande. Ma mère a des origines des îles Samoa et Tuvalu, mon père est né en Nouvelle-Zélande de parents venant de Grande-Bretagne, d’Écosse et de France. La Nouvelle- Zélande est ma maison, mais je suis citoyenne d’Océanie et représentante de la communauté Pasifika. » Un terme qui fait référence aux insulaires du Pacifique.

Comme son aînée Patricia Grace, Selina Tusitala Marsh est une pionnière. Elle est la première femme d’une île du Pacifique à avoir décroché un doctorat d’anglais à l’université d’Auckland grâce à une thèse portant sur des femmes auteures. Depuis, elle enseigne dans cet établissement au département Drame et Écriture. En parallèle, elle écrit.

C’est une poétesse. Écrire est un moyen pour elle de se (re)connaître.

« Les pages sont des espaces pour le son des voix qui ne trouvent pas d’écho ailleurs. Ou si peu. L’écriture en général et la poésie en particulier m’offrent un retour sur moi-même. Elles permettent au monde d’être à la fois courageux et terrifiant, drôle et romantique, bruyant et calme. »

Selina Tusitala Marsh espère que d’autres se retrouvent dans ses écrits et cite Maya Angelou, une poétesse, écrivaine, actrice et militante américaine : « Un oiseau ne chante pas parce qu’il a des réponses, il chante parce qu’il a des chansons ». Pour Anne Magnan-Park, traductrice, Selina Tusitala Marsh « suit une démarche très similaire à celle de Patricia Grace, bien que leur style soit très différent. Selina s’attache à inscrire un florilège de voix émanant des insulaires du Pacifique, un terme qui fait référence à l’un de ses poèmes les plus connus intitulé Fast Talking PI. Elle s’approprie ce terme bien qu’il ait des connotations coloniales négatives mais elle préfère en général le terme Pasifika (ou ses déclinaisons). Elle hérite des changements positifs opérés par Patricia Grace et ses contemporains mais auxquels vient s’ajouter le contexte de l’immigration. »

L’œuvre de Selina Tusitala Marsh est reconnue à Aotearoa et au-delà, ses poèmes étant traduits dans plusieurs langues dont le français. Par exemple, en 2015, elle a été récompensée au festival de littérature australienne et néo-zélandaise de Londres. En 2017, elle s’est distinguée lors de la rencontre des poètes lauréats de Nouvelle-Zélande pour 2017-2019. En 2016, elle a par ailleurs composé le poème Unity pour la reine Elisabeth II qu’elle a déclamé dans la chapelle de Westminster à l’occasion d’un comité international du Commonwealth. Aujourd’hui, elle est installée sur l’île de Waiheke en Nouvelle Zélande, face à Auckland, entourée de son mari et ses trois fils.

Son rêve ? Que l’un de ses trois garçons lui écrive un poème. En attendant, elle quitte son île pour la nôtre en ce mois de novembre. Elle promet, à cette occasion, de proposer un extrait de Calabash Breakers (Casse- Calebasses) lors d’une performance. Et puis, intuitive, elle aime interagir avec son public. « Je verrai ce que mes oreilles capteront pour choisir, en fonction des lieux et des gens, quels poèmes je pourrai partager sur place. »

Elle animera également un atelier de « Creative Poetry ».

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 16 h 05 | Table ronde – Voix littéraires, poétiques et… politiques !

Jeudi 15/11  | 18 h 05 | Perfomance poétique et lectures scénarisées Casse-Calebasses

Vendredi 16/11 | 16 h 55 | Rencontre – Talanoa avec Anne Magnan-Park

Dimanche 18/11 | 14 h | Creative poetry workshop – « Finding your voice » How do you find your voice?

How do you write your own, unique, creative turangawaewae (Maori for ‘standing place’) on the page? This 3 hours practice-based workshop, facilitated by New Zealand’s first Pasifika Poet Laureate, will explore your voice through experimentation and writing exercises. Please, bring a photocopy or a piece of writing written in a language other than English.

It might be copied from a book, an article, a letter written by anyone else but you and more important : don’t forget your curious mind !

Salle Mato – Sur inscription au 40 50 95 93 ou par mail à lireenpolynesie@mail.pf 

Dédicaces sur le stand Lire un Pays

Samedi 17/11 | 15 h – 17 h |

Dimanche 18/11 | 10 h – 12 h |


Casse-calebassesCasse-Calebasses – Calabash Breakers

Traduit par Anne Magnan-Park – Éditions Les petites allées [2018]

Quatre poèmes bilingues (anglais et français) de la poétesse officielle de la Nouvelle-Zélande en 2017, qui a des origines dans plusieurs lieux dont Samoa et Tuvalu, la France et l’Angleterre, et qui écrit comme elle boxe, avec énergie et talent. Livré sous sachet cellophane avec une enveloppe assortie.

Dora WADRAWANE – On ne peut plus parler de culture orale aujourd’hui

Dora Kameango Wadrawane, auteure de L’Hom Wazo, est chef du service de la culture à la direction de la culture et des affaires coutumières, à la Province des îles Loyauté. Installée sur son île natale, à Maré, elle s’occupe d’un centre culturel et de programmation culturelle.

Dora Wadrawane

Parlez-nous de L’Hom wazo.

C’est ce qu’on appelle un conte initiatique, où j’ai essayé de donner ma vision de l’amour et de la vie commune. C’est l’histoire du passage entre l’enfance/l’adolescence et le monde adulte. Une étape où les événements que l’on vit sont réels et ancrés dans une réalité commune, banale, rassurante, enfantine, acquise, et une étape ou une « fin » où les événements sont mouvants, transformables, fantastiques, changeants selon la force et la volonté de la personne, selon ses convictions, ses croyances, selon l’avenir souhaité. Cela peut paraître inversé, dans l’enfance et l’adolescence, il faut s’asseoir avec la réalité et composer avec, dans le monde adulte, il faut transformer cette réalité et la modeler.

Vous avez écrit ce roman « pour que les jeunes de chez vous puissent se reconnaître », pourquoi ce besoin ?

J’étais une grande lectrice. J’aimais tous les romans jeunesse, les romans policiers, les ouvrages de littérature. Lire pour moi ce n’était pas juste un passe-temps, c’était aussi une manière de s’évader. J’ai toujours aimé cette communion avec un auteur au travers d’un ouvrage. C’est une discussion que vous ne retrouvez nulle part ailleurs. À ma plus grande déception, dans les années 1996-2000, je n’ai jamais trouvé de roman se déroulant au pays. Ils venaient de la métropole ou d’autres pays. Je n’en ai trouvé qu’un seul, Terre Violente, de Jacqueline Senes, et ça m’a plu.

Je voulais écrire quelque chose qui se déroule chez moi en espérant rendre service aux jeunes comme je me serais rendu service à moi-même.

Quelle est la place du livre dans une culture orale ?

Je pense qu’on ne peut plus parler de culture orale aujourd’hui. Nous sommes dans les nouveaux médias : réseaux sociaux, téléphonie, Internet… La télévision a fait son chemin et devient un média révolu. La culture orale prend de nouvelles formes, et c’est à nous de choisir celle que nous voulons lui donner, nous les « peuples premiers » qui avons encore un certain rapport au mythe. Il ne tient qu’à nous d’en décider : ouvrages, danses, pièce de théâtre, musique… Une personne bien ancrée dans sa culture n’a qu’à choisir le média avec lequel elle souhaite transmettre sa culture, son patrimoine. Le livre a ce rapport particulier de tisser du lien entre deux personnes dans le cadre d’une fiction ou d’un ouvrage d’analyse, cela dépendra de sa forme, si c’est un documentaire, il servira plutôt à informer et transmettre.

Moi je préfère la voix du dialogue et du partage, de la connivence, celle des ouvrages de fiction ou d’analyse, où un auteur se donne, donne ce qu’il est au lecteur.

À quoi aspirez-vous ?

Je souhaite développer le milieu artistique et la valorisation de notre patrimoine dans les îles Loyauté. Nous avons beaucoup de richesses qui, malheureusement, ne sont pas assez valorisées. Nous n’avons pas assez misé sur cela dans nos politiques publiques, en tous cas les efforts n’ont pas été fait, et je pense qu’il faut s’y mettre aujourd’hui avec sérieux et conviction pour l’avenir de nos enfants.

Rendez-vous

Samedi 17/11 | 10 h 25 | Fil rouge

Dimanche 18/11 | 15 h 40 | Présentation L’Hom Wazo

Dédicaces sur le stand Lire un Pays

Samedi 17/11 | 14 h – 16 h

Dimanche 18/11 | 14 h – 16 h


l-hom-wazoL’Hom Wazo

Éditions Madrépores [2009]

Patou, qui vit dans sa famille à Maré, apprend que le jeune homme qu’elle fréquente en grand secret est mort brutalement à Nouméa. Cachant sa peine, elle est bientôt prise d’étranges sensations, se sent épiée, suivie. Chaque nuit, ses rêves la transportent dans un autre monde. Elle y est poursuivie par un ennemi qu’elle ne peut identifier. Afin de percer le mystère de cette force inconnue qui bouleverse ses nuits et sa vie, elle consulte une guérisseuse qui lui conseille un remède afin d’y voir plus clair. Mais ses questions restent sans réponse : elle se sent aux prises avec une réalité parallèle. Chaque nuit, Patou devient Manouké, une jeune guerrière héritière de la force de son clan, qui n’aspire pourtant qu’à la paix. Bientôt, elle succombe aux attraits d’un homme- oiseau au regard envoûtant, capable de la transporter dans les airs. C’est un jeune guerrier du monde des anciens, qui se métamorphose dès la nuit tombée. Il veut l’entraîner avec lui dans l’autre monde et, s’il y parvient, elle en mourra.

Prix Michel Lagneau 2009

Ismet KURTOVITCH – Faire de l’humour, c’est ce que j’aime par-dessus tout !

Ismet Kurtovitch est historien, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie contemporaine. Il est également, depuis 1983, dramaturge. Même s’il aborde dans ses pièces de théâtre des sujets sensibles pour « faire ressortir l’identité singulière des Calédoniens, les Caldoches », ce qu’il préfère, c’est faire rire.

Exif_JPEG_PICTURENé à Nouméa, Ismet Kurtovitch a suivi toute sa scolarité dans la capitale calédonienne et à Bourail, sur la côte ouest. Il a étudié à l’Unité de formation et de recherche en sciences de l’information et de la communication à Paris. Il est rentré chez lui une fois son DEA en poche. « J’ai été enseignant, collaborateur politique de notre ministre de la Culture puis j’ai intégré les archives de la Nouvelle Calédonie comme historien. J’y travaille toujours. » Militant anticolonialiste, Ismet Kurtovitch a fondé et dirigé les Éditions populaires (Edipop), une maison d’édition qui publie des ouvrages défendant la cause nationaliste kanak. Une corde de plus à l’arc de cet historien, enseignant, politique mais aussi dramaturge.

« J’ai toujours aimé le théâtre », répond-t-il à la question « pourquoi vous êtes-vous mis à écrire ? ».
En 1983, à l’âge de vingt-neuf ans, il s’est lancé. « J’ai commencé par adapter une pièce de Sartre, La Putain respectueuse, qui a été jouée à Nouméa. » Puis est venue Pastorale calédonienne en 1988. À l’époque, il voulait écrire une pièce sur « les Événements ». Ceux qui ont eu lieu entre 1981 et 1989 en Nouvelle-Calédonie. « Alors j’ai pris le prétexte peu original d’une situation à la Roméo et Juliette, pour essayer de poser une problématique humaine dans le contexte politique. La difficulté, naturellement, ayant été de n’être ni partisan ni manichéen car cela aurait été trop facile. Et la vie n’est pas ainsi ! » Il a ensuite ajouté « des considérations générales un peu déjantées sur l’air du temps et sur l’époque. Et voilà tout ! ». Pastorale calédonienne a connu un certain succès. « La pièce est appréciée, reconnaît Ismet, mais elle est peu jouée. Elle l’a été une fois seulement au Centre culturel Tjibaou en 2001 et en octobre 2013, à Auckland. Maureen Burck, l’a mise en scène avec la troupe University of Auckland Postgraduate Drama. Elle a été publiée en anglais en 2002 et en français en 2017.

« Dans cette édition, j’ai ajouté une variante : le Monologue de Richard. Il porte toujours sur les Événements mais avec un autre point de vue : celui d’un non- indépendantiste devenu aveugle à la suite d’un tir de grenade lacrymogène. C’est un texte qui n’a pas été facile à écrire. »

Ismet Kurtovitch a par ailleurs signé des comédies broussardes qui ont été filmées pour la télévision et deux pièces historiques. « L’une sur l’arrestation des Japonais pendant la guerre chez nous et l’autre, publiée en France, sur la présence américaine pendant la guerre du Pacifique. »

Pour l’heure, il en reste là. Il n’envisage pas de collaboration avec son frère, Nicolas, lui aussi auteur, car « je ne me considère pas comme un écrivain. J’écris très peu, très lentement et uniquement du théâtre alors que lui écrit des poèmes, des nouvelles, des romans et peu de théâtre. Je viens de terminer une pièce qui m’a occupé pendant deux ans et qui ne fait que six pages ! », lance-t-il en riant.

Quant au rendez-vous historique qui s’annonce en cette fin d’année en Nouvelle-Calédonie, le référendum d’autodétermination, rien ne dit qu’il s’en inspirera. « J’écris pour faire ressortir l’identité singulière des Calédoniens, les Caldoches comme on dit. Mais aussi faire de l’humour car c’est ce que j’aime par-dessus tout. »

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 17 h 35 | Rencontre – Le théâtre indigène en Kanaky

Vendredi 16/11 | 15 h 05 | Conférence – Institutionnalisation de la coutume en Nouvelle- Calédonie et présentation de Coutume Kanak

Dédicaces sur le stand Lire un Pays

Vendredi 16/11 | 16 h – 18 h |

Dimanche 18/11 | 10 h – 12 h |


Couverture-Pastorale-copiePastorale calédonienne, suivie de Monologue pour Richard

Éditions Écrire en Océanie [réédition 2017]

Ces deux pièces de théâtre abordent avec discrétion et subtilité un sujet qui appartient désormais à l’histoire : les Événements de Nouvelle-Calédonie durant les années quatre-vingt. Dans Pastorale calédonienne, un Roméo « caldoche », une Juliette « kanak » composent avec humour, poésie et pas mal de fantaisie un duo moderne et tragique.

Monologue pour Richard, texte original et désabusé, revient sur la vie d’un homme que les Événements ont rendu aveugle. Il peut arriver qu’un détour par la fiction ramène encore plus sûrement à la réalité, telle est l’ambition réussie de ces deux situations.

Prix Popaï 2017

Godefroy du Mesnil – Juge pour écouter et décider au cœur des familles

Magistrat depuis plus de trente ans, Godefroy du Mesnil a vécu en France, en Angleterre, en Polynésie. Il signe Juge au cœur de 10 000 familles, un ouvrage composé de tranches de vie, d’histoires tantôt difficiles, tantôt étonnantes, toujours vraies et si attachantes. L’objectif ? Au delà des témoignages, proposer une réflexion pour aplanir les difficultés des séparations devant la justice tout en donnant des moyens pour mieux les comprendre voire les éviter.

Capture d’écran 2018-09-19 à 15.00.03« Quelle immense diversité de situations et de confidences reçues », glisse le magistrat Godefroy du Mesnil dont la vie professionnelle est liée à des milliers de rencontres de familles. « Nos semblables, des hommes, des femmes et des enfants, tellement attachants, empêtrés dans des situations parfois presque inextricables, attendant une décision qui résolve leurs problèmes. Mais aussi se présentent ceux qui sont désireux d’accueillir un enfant, dans le cadre du fa’a’amu ou en vue d’une adoption, en prévoyant que les parents biologiques ont une place essentielle. »

Passionné par l’amélioration des relations humaines, en particulier dans le couple et la famille, Godefroy du Mesnil a embrassé une carrière de juge par « désir humaniste ». Il s’explique : « Si l’on va voir le juge, c’est parce qu’il y a une souffrance, celle de la séparation, celle d’être coupé de ses enfants, de ne pas être compris… À l’écoute des demandes, mais aussi restituant chacun dans son droit, la justice rend plus humain. » Il a travaillé en France, en Afrique, dans le Pacifique, plus précisément à Tahiti où il a vécu huit années. Il a été président du tribunal correctionnel pendant deux ans, jugeant des délits de vol, de diffamation et d’escroquerie, de trafic de stupéfiants et de violence… Puis il a été six ans juge aux affaires familiales. « Une fonction dans laquelle on rencontre une immense diversité de personnes, de tous âges, de tous milieux professionnels et sociaux. Des personnes qui se retrouvent face à l’être qu’ils ont aimé, devant le juge. »

Pour Godefroy du Mesnil, le monde est « déchiré dans ses contradictions et ruptures » et, dans le domaine familial, « écartelé entre l’attrait de la monoparentalité, être parent tout seul c’est apparemment tellement plus simple, et les désirs/découragements face aux difficultés de la conjugalité et de la coparenté ». Le monde est ainsi « passionnant jusque dans ses mille crises, fractures, blessures et tiraillements où le juge permet, dans tous les domaines de la vie sociale, d’éviter que le fort n’exploite le faible, le fort n’étant pas toujours celui qu’on croit, en particulier dans le couple et la famille ».

D’après lui, les citoyens « aspirent à l’amélioration des relations dans les couples et familles sans pour autant y parvenir » : aimer, c’est vouloir dire oui (souvent) à l’autre, c’est aussi savoir dire non (parfois), en sachant refuser de subir tout comportement manifestement injuste de l’autre. La justice, restaurant les droits de chacun et mettant à juste distance, peut pacifier efficacement.

« Les droits de l’homme ne sont-ils pas d’abord les droits de l’autre ? », interroge-t-il.

Ses fonctions variées, ses rencontres, ses décisions de justice ont finalement donné naissance à Juge au cœur de 10 000 familles. Un ouvrage qui se veut, au-delà du témoignage et du partage, une source d’expériences inspirantes pour vivre mieux sa séparation, mieux aider ceux qui la subissent, sinon vivre mieux en couple et en famille.

Rendez-vous

Vendredi 16/11 | 16 h 15 | Fil rouge – « Eh petit, tu as perdu ta langue ? »

Samedi 17/11 | 14 h 35 | Présentation – Juge au cœur de 10 000 familles

Dimanche 18/11 | 14 h 50 | Conférence – Paroles d’adultes, paroles d’enfants, quelle parole de justice…?

Dédicaces stand Éditions Haere Pō

Samedi 17/11  | 15 h – 17 h |

Dimanche 18/11 | 16 h – 17 h 30 |


Capture d’écran 2018-09-19 à 10.02.33Juge au cœur de 10 000 familles

Éditions Haere Pō [2018]

Nous dévoilant le monde méconnu de la justice familiale, Godefroy du Mesnil, nourri de Code civil mais aussi de milliers de paroles et de blessures, communique une expérience et des recommandations riches de diplomatie et d’humanisme, à l’intention de ceux qui sont concernés par la séparation, de ceux qui veulent les aider ou, à l’inverse, pour ceux qui, évitant les écueils, désirent réussir leur vie de couple. Le cœur du livre, ce sont les « instantanés » de tant d’histoires et de confidences individuelles, mais également des documents pratiques : convention d’exercice de l’autorité parentale pour parents séparés et aveuglés par leurs conflits, requête en délégation d’autorité parentale, les dix trucs du juge aux affaires familiales pour réussir sa séparation, mais aussi : comment mieux vivre ensemble, enrichir sa vie de couple et, ainsi, ne pas « perdre la vie à deux »… Et si l’action se déroule en Polynésie française puis en France métropolitaine, ce livre est, concernant les relations entre hommes et femmes, entre parents et enfants, à portée universelle.

David FAUQUEMBERG – La Polynésie ? Il n’avait rien vu d’aussi fort…

Auteur, voyageur, reporteur, traducteur, navigateur… David Fauquemberg ne suit pas une route toute tracée, ni un plan de carrière. « Je vis, je cherche, cela me mène ici puis là. » En novembre, ses pas le ramèneront en Polynésie pour évoquer son roman Bluff, véritable hommage aux cultures océaniennes, dont l’intrigue se déroule entre la Nouvelle-Zélande, les îles Sous-le-Vent, Hawaii et les atolls micronésiens.

DavidParu en France au début de l’année, Bluff est publié ces jours-ci en Polynésie par Au vent des îles pour faciliter l’accès des lecteurs. Car le roman a de quoi plaire.

« La plus grande joie qu’il m’a apportée, outre les belles amitiés qui se sont nouées au fil de ce projet, explique David Fauquemberg, ce sont les retours émus et enthousiastes d’auteurs et de lecteurs polynésiens, qui ont jugé que ce livre témoignait d’un profond respect, d’un amour même, des cultures polynésiennes. C’était vraiment le cœur de ce travail : rendre, en quelque sorte, ce qu’on m’avait donné dans ce si beau recoin du monde, cette “mer d’îles” chère au grand écrivain fidjien Epeli Hau’ofa ».

Pour écrire ce « roman océanien », l’auteur est parti à la rencontre de la Polynésie, la grande Polynésie.
Il a fait plusieurs voyages au fenua, notamment à Tahiti, aux îles Sous-le-Vent, aux Tuamotu et dans les Australes jusqu’à Rapa, il a passé six mois à sillonner à pied et en voiture la Nouvelle-Zélande, où se déroule l’intrigue principale de Bluff, il s’est rendu aux Samoa et dans certaines îles des Fidji, a fait le tour de Rapa Nui à pied, « une expérience troublante, comme en apesanteur ».

David Fauquemberg vogue, marche, roule, arpente, monte et descend en prenant son temps. Il n’est pas pour autant un « boulimique du voyage ». Il retourne encore et encore aux mêmes endroits car ce qui l’intéresse, c’est « écouter, voir, et tenter de comprendre comment les gens vivent, à quoi ils rêvent, comment ils envisagent le monde. » Depuis vingt ans, il ne voyage que pour écrire, et témoigner. Son premier roman, Nullarbor, se déroulait dans l’Ouest australien. Fruit de sept années de travail, il sera couronné à sa sortie en 2007 du prestigieux prix Nicolas Bouvier au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. Un livre qu’il était d’ailleurs venu présenter au salon « Lire en Polynésie » en 2012.

Ce qui l’a marqué en Polynésie ?

« Tout ! L’amour des gens pour leurs racines, la force et le soin constant qu’il leur a fallu pour les préserver malgré tout. Un certain rapport au monde naturel, en particulier la mer et la forêt, qui m’a profondément touché. Le goût du dialogue, une qualité d’écoute et de partage que je n’ai pas trouvée ailleurs, même sur les sujets les plus graves. Pour résumer mon sentiment après ces riches années d’immersion dans les cultures polynésiennes, à l’écoute des Tahitiens, des Maoris, des Rapa Nui, je citerai le Français, personnage central de Bluff : « De sa vie, il n’avait rien vu d’aussi fort. […] Le pays était puissant, voilà ce qu’il avait ressenti.” »

Rendez-vous

Samedi 17/11 | 14 h 55 | Conférence – Manger la langue

Samedi 17/11 | 17 h 45 | Rencontre – Écrivains en résidence : retours sur expériences

Dimanche 18/11 | 11 h 40 | Rencontre et présentation de Bluff

Dédicaces stand Éditions Au vent des îles

Samedi 17/11 | 10 h – 12 h |

Dimanche 18/11 | 14 h – 16 h |


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Éditions Au vent des îles [2018]

On ne poussait jamais par hasard la porte de l’Anchorage Café, surtout en plein hiver austral, quand les rafales soufflées de l’Antarctique tourmentaient sans répit le sud de la Nouvelle-Zélande. Elles couchaient les panneaux et faisaient crépiter tous les drapeaux du port, elles projetaient des embruns glacés à vous tatouer la peau. On apercevait d’ici la fumée blanche des déferlantes qui saccageaient depuis deux jours les eaux pourtant abritées de Bluff Harbour. Au large, c’était l’enfer.

« Certaines scènes coupent le souffle par l’intensité physique des images qu’elles produisent. Mais au-delà de ce plaisir de lecture, Bluff est un roman d’aventure singulier, dont la poésie est le moteur et la sagesse des anciens Polynésiens, le sens et le trésor. » M. Abescat – Télérama.

« Un style qui fait mouche, liant le réalisme à la poésie la plus prenante. […] Un superbe quatrième roman ! » T. Clermont – Le Figaro littéraire.

Lauréat du prix Gens de Mer, Festival Étonnants Voyageurs, Saint-Malo, 2018.
Prix Henri-Queffélec, Festival Livre & Mer 2018.

Pierre FURLAN – Certains personnages me “ tombent dessus ”

Pierre Furlan a plusieurs casquettes. Il est écrivain, il vient de signer Le Livre des îles noires – Vies de Fletcher. Il est voyageur quand les sujets qui l’inspirent lui imposent « de s’imprégner de l’atmosphère ». Il est aussi traducteur. Il a livré des versions françaises d’ouvrages de Russell Banks ou Paul Auster. Ses trois casquettes, il les change au « gré des exigences ».

SALON DU LIVRE 2019 - Pierre Furlan - arrivée à Epi

« Je ne me déplace pas systématiquement, mais certains livres exigent qu’on aille sur place pour s’imprégner de l’atmosphère. Je n’aurais pas pu écrire sur Fletcher aux Nouvelles-Hébrides sans avoir vu et senti le contexte de son passage, les vestiges des plantations où il vécut à cette époque », rapporte Pierre Furlan à propos de son dernier ouvrage Le Livre des îles noires – Vies de Fletcher. Il est prêt à embarquer ou se faire embarquer quand l’histoire l’exige et/ou ses personnages le saisissent. « Je ne les choisis pas toujours », dit-il à leurs propos.

« Certains personnages me “tombent dessus” »

C’est le cas des agriculteurs de la vallée du Sacramento dans mon premier roman. C’est également le cas pour le collectionneur néo-zélandais du Rêve du Collectionneur. J’ai rencontré la nièce de ce collectionneur, et, en parlant avec elle, j’ai senti qu’il y avait là une histoire extraordinaire à raconter. »

Pour Le Livre des îles noires, il n’avait aucunement l’intention d’écrire sur Fletcher « jusqu’à ce que je fasse la connaissance de sa petite-fille, Mad, métisse mélanésienne. En l’écoutant, j’ai compris que ce qu’on avait dit de cet auteur anglais, surtout en France, était très loin de la réalité ». Et puis, à la clé, « il y avait une aventure, celle d’aller au Vanuatu, dans l’île d’Épi, sur les traces de Fletcher ». Finalement c’est sans doute cela qui anime Pierre Furlan, l’aventure. Qu’il porte sa casquette d’auteur ou de traducteur. L’aventure comme une promesse de découverte et de perfectibilité.

« Mon travail de traducteur me sert beaucoup pour améliorer ma pratique des langues, aussi bien du français que de l’anglais. Traduire exige bien plus de compétences linguistiques qu’écrire. On peut écrire avec un vocabulaire très restreint, mais pour traduire il faut adopter le champ lexical et sémantique d’un autre. »

Pierre Furlan a notamment traduit Russell Banks, Paul Auster ou bien encore Elizabeth Knox. D’après lui, « le pouvoir d’un traducteur semble au premier abord limité. Mais s’il ne perçoit pas et donc n’exprime pas l’esprit de l’œuvre originale, il peut la rendre difficile à saisir ».

Il poursuit : « Je m’en suis rendu compte avec mes propres nouvelles. Certains de mes textes avaient été traduits aux États-Unis et leur traduction, bien que convenable et dénuée de fautes, restait au fond assez éloignée de ce que j’avais cru révéler en français. Je me disais que cela provenait d’une différence impossible à combler entre les deux langues. Et puis, quand Jean Anderson a repris ces textes pour l’édition néo-zélandaise de Bluebeard’s Workshop, j’ai vu une traduction où ce que j’avais voulu exprimer en français résonnait tout à fait en anglais. »

À l’entendre, « si une traduction doit être bonne, elle ne saurait, selon le précepte de l’écrivain anglais Samuel Johnson, être meilleure que l’original ! C’est pourquoi il vaut mieux traduire des textes qu’on aime : on n’aura pas la tentation de les améliorer. »

Rendez-vous

Vendredi 16/11 | 18 h 10 | Rencontre – Récit d’un écrivain aventurier : les coulisses d’un roman vrai

Samedi 17/11 | 17 h 45 | Rencontre – Écrivains en résidence : retours sur expériences

Dédicaces stand Éditions Au vent des îles

Samedi 17/11 | 15 h – 17 h |

Dimanche 18/11 | 10 h – 12 h |


couv-Le-livre-des-iles-noireswebLe Livre des îles noires vies de fletcher

Éditions Au vent des îles [2018]

En 1923, l’aventurier anglais R.J. Fletcher quitte les Nouvelles-Hébrides (elles deviendront plus tard le
Vanuatu), laissant là l’enfant qu’il a eu d’une Mélané-
sienne. Épuisé, sans le sou, il ne se doute pas que dans
une autre vie et sous le pseudonyme d’Asterisk, il sera
un auteur célèbre pour avoir écrit des lettres scandaleuses dépeignant les Nouvelles-Hébrides comme des « îles d’illusion » plus infernales que pa- radisiaques.

Presque un siècle plus tard, Pierre Furlan parcourt à son tour l’île d’Épi. Guidé par la petite-fille mélanésienne de Fletcher, il reconstitue l’histoire mouvementée du célèbre auteur sous un nouvel éclairage : celui de la gé- nération qui a connu l’indépendance. Les événements relatés dans ce récit sont véridiques, comme le sont les lettres de R.J. Fletcher retrouvées et publiées ici pour la première fois.

Michel RABAUD – “ Le plurilinguisme est un cadeau, pas un fardeau ”

Michel Rabaud a enseigné la littérature française avant de faire carrière au ministère de la Culture, où il a notamment participé à l’évolution de la politique en matière de langues et de plurilinguisme à l’école. Il est également pianiste, compositeur et… traducteur.

Capture d’écran 2018-09-19 à 15.04.17Pour Michel Rabaud, James Norman Hall est « une découverte ». Il vient de traduire La jambe du docteur Dogbody. Ce livre lui a donné envie de continuer avec cet auteur dont il a traduit L’île perdue. Il s’est intéressé à la démarche de James Norman Hall qui, « volontaire de la Première Guerre mondiale, aviateur casse-cou et médaillé, a réagi à sa manière aux horreurs de 1914-1918 en renonçant au monde apparemment civilisé pour s’installer à Tahiti ».

À propos de L’île perdue : « C’est un roman où le narrateur, plein de confiance naïve dans le progrès technologique, raconte comment il a perdu toutes ses illusions et son optimisme en devant raser un îlot paradisiaque pour le transformer en base aéronavale. Hall a mis beaucoup de lui-même dans ce personnage désabusé et offre, entre les lignes et avant l’heure, une vigoureuse réflexion écologique qui nous touche particulièrement aujourd’hui. » Enseignant en littérature, responsable successivement de théâtre, de politique culturelle et finalement de politique linguistique au ministère de la Culture, Michel Rabaud est un lettré, attentif aux mots. Il aime la langue, ou plutôt les langues, puisqu’il parle également l’anglais et l’espagnol, et s’est battu pour ouvrir les portes au plurilinguisme à l’école. « Il me faudrait du temps et de l’espace pour évoquer les débats récents et les tournants heureusement pris en matière de plurilinguisme. L’institution scolaire y était réticente jusqu’à ces dernières années, arc- boutée sur une ancienne tradition monolingue républicaine qui avait chargé l’école d’enseigner le français au détriment des langues locales. »

« Heureusement, les chercheurs ont prouvé de manière indiscutable que le plurilinguisme bien maîtrisé est un atout, et non un handicap, pour les études des enfants. Rien n’est pire pour eux que d’avoir honte de la langue parlée en famille. Je suis assez content d’avoir pu modestement contribuer à ce renversement de tendance. »

Sa passion pour les mots, qu’il partage et transmet dans la mesure du possible, est doublée d’une passion pour les sons et les tons. « La musique est une partie essentielle de ma vie, depuis qu’enfant je me glissais sous le piano pour écouter ma mère travailler. Elle me touche profondément, comme la littérature, mais d’une manière très différente, peut-être complémentaire. Il y a quelque chose en elle d’abstrait et de sensible qui échappe à la formulation et à l’analyse. » Il a mené depuis l’enfance des études musicales de piano avec sa mère, qui était pianiste, puis d’écriture musicale avec des maîtres du Conservatoire. « J’ai été un des lauréats du concours de jeunes chefs d’orchestre de Besançon en 1970. » Depuis qu’il est à la retraite, il a retrouvé « avec joie » toutes les activités qui l’animent : le piano, la composition et la traduction. Des activités qui résonneront en Polynésie dans le cadre de ce salon.

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 8 h 50 | Conférence – Le pluriliguisme en milieu scolaire, véritable facteur d’épanouissement et de réussite

Dimanche 18/11 | 9 h 05 | Rencontre – Michel Rabaud, traducteur des romans La jambe du Docteur Dogbody et L’île perdue, de James Norman Hall

Dédicaces sur le stand ’Ura éditions

Jeudi 15/11 | 10 h – 12 h |

Dimanche 18/11 | 10 h – 12 h |


La jambe du Docteur DogbodyLa jambe du Docteur Dogbody

De James Norman Hall, ‘Ura éditions [2018]

Dans ce roman de mer, situé après la fin de l’aventure napoléonienne, le docteur Dogbody, chirurgien de la marine anglaise et hâbleur extraordinaire, raconte comment il a perdu sa jambe. Ces dix chapitres hauts en couleur, où l’on parcourt les continents et les océans, offrent dix récits différents et tous convaincants de la perte de cette fameuse jambe bâbord. Auteur avec Charles Nordhoff de la célèbre trilogie du Bounty, James Norman Hall publia seul en 1940 ce roman, qui est son ouvrage le plus personnel. Mê- lant la fantaisie bouffonne et l’héroïsme échevelé, la satire et l’émotion, ce chef- d’œuvre est aujourd’hui accessible en français.


0818-ura-ile-perdue-couvok-1L’île perdue

De James Norman Hall, traduit par Michel Rabaud, ‘Ura éditions [2018]

Après le désastre de Pearl Harbor, l’ingénieur américain George Dodd est chargé par son gouvernement de construire une base aéronavale dans un des atolls de Polynésie. Il doit pour cela raser un îlot paradisiaque où vivent, en parfaite harmonie avec la nature, une centaine de Polynésiens.

À son retour de mission, le narrateur raconte la découverte de cette vie simple et heureuse, et son œuvre désolante de destruction qui a ruiné sa croyance optimiste dans la civilisation du progrès.
Avec cet ouvrage sensible et indigné, écrit à chaud en 1943, au fort de la guerre du Pacifique, James Norman Hall nous invite à une réflexion écologique avant l’heure, qui frappe aujourd’hui par son actualité.

Anne Magnan-Park – “ Traduire, c’est donner sa langue au chat et attendre qu’il nous la rende ”

Anne Magnan-Park a deux casquettes. Elle est maître de conférences à l’université d’Indiana (USA) où elle enseigne les littératures anglophones et francophones du Pacifique depuis une dizaine d’années. Elle est également traductrice d’auteurs de cette région comme Patricia Grace ou Selina Tusitala Marsh.

Portrait Anne Magnan-ParkÀ la question « pourquoi se focaliser sur les auteurs du Pacifique ? », Anne Magnan-Park répond :

« Parce que les peines et les joies de leurs personnages me parlent, leurs réalités culturelles m’interpellent. »

Avec ses étudiants, elle dit « s’attacher à étudier la signature stylistique de chaque auteur, leur façon d’aborder certaines thématiques, les liens qui attachent leurs récits à une culture ancestrale et à des moments historiques bien précis, ce que disent leurs récits sur cette culture et sa relation au monde ». Lorsqu’elle porte sa casquette de traductrice, c’est une autre histoire.

« Traduire, c’est questionner, être attentive aux réponses du texte et interpréter. Du coup, la traduction porte forcément la patte du traducteur. C’est une lente réécriture. »

Anne Magnan-Park maîtrise le français, sa langue maternelle, l’anglais, sa langue d’adoption et possède une grande connaissance du Pacifique. Pour elle, la traduction n’est pas une simple mise à disposition d’un savoir faire. C’est un échange qui naît d’un respect mutuel entre l’auteur et son intermédiaire bilingue.

Deux mondes se rencontrent alors. Elle précise : « Je suis une lectrice-traductrice provençale : je m’octroie toujours une petite sieste récréative avec les textes. J’ai besoin de connaître les personnages, de les comprendre. Je veux savoir en quoi le texte que je traduis se distingue des autres livres écrits par l’auteur et je veux comprendre la place que tient le texte sur la scène littéraire de son pays. » Dans l’idéal, la traductrice aimerait pouvoir s’entretenir avec les auteurs au préalable. « L’occasion se présente rarement. On se contente de faire un brin de causette avec ses bambins de papier. »

Pour faire ses choix, elle s’appuie « sur la voix du personnage et le ton du récit ». Des éléments qui tiennent eux-mêmes à des préférences liées au passé, une oreille particulière, des lectures marquantes, des tics. « Il y a des mots que l’on a dans la peau, d’autres que l’on a en horreur, parce qu’on les associe à certains moments de notre vie, à certaines personnes », explique Anne Magnan-Park. « On affectionne le son de certaines consonnes, le rythme de certaines phrases, des passages d’autres livres qui nous ont séduits. » Elle ajoute : « On se pose des questions comme : “Comment Patricia Grace parvient-elle à créer un monde si complexe avec autant d’économie ? Est-ce qu’elle aurait choisi un passé simple ou un passé composé dans ce passage descriptif, aurait-elle opté pour un article féminin ou masculin pour ce terme māori ?” ». Le salon du livre sera l’occasion de belles rencontres et de nouvelles réponses.

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 9 h 25 | Fil rouge – Translate for Toddlers

Jeudi 15/11 | 10 h 20 | Conférence – Les personnages des nouvelles et des albums jeunesse de Patricia Grace

Jeudi 15/11 | 16 h 05 | Table ronde – Voix littéraires, poétiques et… politiques !

Jeudi 15/11 | 18 h 05 | Perfomance poétique et lectures scénarisées du recueil de poésie Casse-Calebasses

Vendredi 16/11 | 16 h 55 | Rencontre – Talanoa avec Selina Tusitala Marsh

Vendredi 16/11 | 19 h 35 | Rencontre avec Patricia Grace autour de son roman Chappy et de son album jeunesse Haka


Capture d’écran 2018-11-01 à 14.54.55Un livre pour tous

Dans un souci de partage et d’échanges, Anne Magnan-Park a mis en place Translate for Toddlers avec son université. Des étudiants et bénévoles traduisent des livres pour enfants, « puis nous offrons les ouvrages et leur traduction à des familles ou à des institutions caritatives locales ». Un partenaire, Better World Books, a envoyé gratuitement plus de mille livres en 2017. Le projet n’a que deux ans, mais il a eu tant de succès que le programme d’espagnol a décidé de participer à l’aventure. « J’en suis ravie parce que les besoins sont bien plus grands en espagnol qu’en français. » Un lycée de Rochefort s’est également associé au projet en 2018. Anne Magnan-Park est heureuse de cet engouement « d’autant que traduire des livres pour enfants est un excellent exercice pour des traducteurs en herbe. Tout le monde peut s’y associer, il suffit de m’écrire ! ». Contact : amagnanp@iusb.edu


Des petits trous dans le silence

de Patricia Grace, traduit pas Anne Magnan-Park Éditions Au vent des îles [2014]

Ce recueil met en scène des personnages qui font face à la solitude et au silence. Patricia Grace y commente les conséquences de l’urbanisation en Nouvelle-Zélande. De nouvelle en nouvelle, le silence est pénétré par les petits trous que forment la présence, la parole, le regard ou le souvenir d’autrui. Les personnages, toujours conscients de leur identité, recherchent le confort d’une complicité. Parce qu’ils ont appris à vivre de peu et connaissent l’importance de l’autre, ils apprécient la valeur de l’échange humain, dans lequel ils retrouvent de l’espoir.


Casse-Calebasses – Calabash Breakers

Traduit par Anne Magnan-Park – Éditions Les petites allées [2018]

Quatre poèmes bilingues (anglais et français) de la poétesse officielle de la Nouvelle-Zélande en 2017, qui a des origines dans plusieurs lieux dont Samoa et Tuvalu, la France et l’Angleterre, et qui écrit comme elle boxe, avec énergie et talent. Livré sous sachet cellophane avec une enveloppe assortie.

Sandrine BEAU –  » Les enfants et les adolescents me touchent énormément « 

Sandrine Beau, qui se dit « scribouilleuse de mots », a notamment reçu le Prix des Incorruptibles pour son ouvrage Le garçon qui parlait avec les mains. Un prix considéré comme le Goncourt du public en littérature jeunesse. Elle en parlera avec les visiteurs du salon et les élèves des classes qui la recevront.

Photo S.BEAU_rencontres_credit D. GerentesElle aime quand ça n’est jamais pareil. Sandrine Beau a été animatrice radio, réalisatrice de films vidéos, clown, madame météo et puis, un jour, les mots l’ont emportée. Aujourd’hui, elle est auteure jeunesse.

Pour se présenter, elle raconte : « J’ai toujours aimé lire et quand j’ai eu mes enfants, il était évident que j’allais partager avec eux ce plaisir. J’ai donc beaucoup, beaucoup lu d’histoires à mes enfants. Et j’ai découvert à cette occasion la richesse et la beauté de la littérature jeunesse, qui n’avait plus rien à voir avec les quelques livres qui étaient à ma disposition lorsque j’étais petite. »

En lisant tous ces albums, sans trop savoir pourquoi, ni comment, « une idée d’histoire a fleuri dans ma tête. Je l’ai arrosée pour qu’elle grandisse et, quand je me suis sentie prête, je l’ai écrite ». Suite à cette première histoire, des tas d’autres sont venues « et elles aussi, je les ai écrites ». Encore un peu plus tard, elle les a envoyées à un éditeur « et j’ai eu la chance qu’elles plaisent (enfin, pas toutes bien sûr !) ». Depuis, elle a signé des albums, des romans, des contes… Au total, près de 80 ouvrages dont certains se sont distingués.

Le polar intitulé Traquées (Alice éditions) a reçu en 2018 le prix alTerre ado (le prix littéraire des collégiens de Savoie) et le Prix Margot, à Pau. Le garçon qui parlait avec les mains (Alice éditions) a reçu, lui, le prix des Incorruptibles en 2018, considéré comme le Goncourt du public en littérature jeunesse. Toute seule dans la nuit a été récompensé par le prix Un pour tous, tous pour lire des bibliothèques du Pays des Vans en Cévennes et Mademoiselle Alice qui inventa le cinéma par le prix 40 Faubourg de Belfort.

Sandrine Beau, qui ira à la rencontre des scolaires pendant son séjour en Polynésie, se met souvent à l’œuvre avec d’autres auteurs, « parce que travailler à plusieurs, c’est à la fois drôle, joyeux, intimidant et boostant. Ça nous pousse à nous dépasser et à aller dans des directions auxquelles on n’aurait pas pensé toute seule ». Elle se met toujours à l’œuvre pour les plus jeunes. « J’adore les livres pour enfants et adolescents car ils sont souvent très optimistes et se terminent sur une note d’espoir », explique-t-elle en assumant son côté « Bisounours ».

« Je trouve que c’est une belle façon d’envisager la vie. Pas toujours rose, c’est vrai, mais elle aussi, avec, toujours quelque part, de l’espoir, des gens qui nous aiment et des choses qui nous rendent heureux. »

Elle considère, en dehors du plaisir qu’elle prend à jouer avec les mots, que la lecture, comme le théâtre, le cinéma permet de vivre des émotions. « Et qu’est-ce que c’est bon, les émotions ! » La lecture « ouvre au monde », « pousse à réfléchir » et « propose peut-être aussi des clefs pour comprendre ce qui les entoure ». Les enfants et les adolescents, qui sont à un moment de leur vie où tout est possible, constituent par ailleurs un public qui la touche énormément. « Je les trouve passionnants, spontanés, pleins de grands rêves et emplis d’une soif de justice. C’est pour cette raison, je crois, que j’ai envie de m’adresser à eux. »

Rendez-vous

Dimanche 18/11 | 10 h 35 | Rencontre – Regards croisés sur la littérature jeunesse


47 Couv' Garçon qui parlait avec les mainsLe garçon qui parlait avec les mains

Illustré par Gwenaëlle Doumont, Éditions ‘Alice Primo

Un nouvel élève arrive dans la classe de Victoria. Surprise : il est espagnol ! Autre surprise : il ne parle pas car il est sourd. Enfin si, il parle, mais le langage des signes. Il s’appelle Manolo et a de très beaux yeux. Les deux enfants deviennent immédiatement complices et communiquent par un mélange de signes, de mots articulés et de gestes. Après quelques semaines, un parent d’élève de la classe annonce à la maman de Victoria qu’une pétition est en train de circuler pour que Manolo soit envoyé dans un centre spécialisé. Selon lui, il est indispensable que les enfants bénéficient d’une éducation correcte et ne soient pas ralentis par la présence du petit handicapé…

Lauréat du Prix des Incorruptibles CE2/CM1 (2017-2018)