Pina’ina’i

Pīna’ina’i 7.17 dénonce l’amour dans le quotidien des gens

Affiche Pina'ina'i fb

Depuis quatre ans Pīna’ina’i, comme la revue ou les lectures publiques de Littérama’ohi, contribue à sensibiliser le plus grand nombre aux mots en général et à la littérature polynésienne en particulier. Si la revue ne paraît pas cette année, le spectacle, lui s’ancre dans le paysage culturel local.

« Aujourd’hui, nous avons tendance à idéaliser les couples du cinéma, de la mythologie et nous pensons que l’amour n’est réservé qu’aux télénovelas », constate Moana’ura Tehei’ura, chorégraphe du spectacle Pīna’ina’i. Il lui paraissait important de replacer l’amour dans le quotidien des gens. Dans l’humain. Pour « permettre à l’agriculteur, la cueilleuse de fleurs ou la grand-mère de vivre des moments exceptionnels et simples à la fois. Triste et léger. Jouissif et douloureux. Pīna’ina’i 7.17 dénonce l’amour dans le quotidien des gens. Ces personnes à qui nous interdisons d’aimer ou de haïr, de pleurer ou de jouir. »

Pīna’ina’i est un spectacle organisé chaque année qui mêle les mots, la danse, la musique, les images. « Il fait partie de Littérama’ohi », insiste Chantal T.Spitz, fondatrice de la revue, « il est un moyen de faire connaître la littérature autochtone. En fait», se rappelle l’auteure, « nous avons commencé par lire nos textes au marché, sur la place Vaiete. Pour mettre plus de vie dans nos textes nous avons imaginé Pīna’ina’i dans le cadre du salon du livre.  Moana’ura Tehei’uraa mis en scène Pīna’ina’i. « Chaque année j’ai une chance incroyable de partager cette aventure avec des personnes aussi intéressantes les unes que les autres. La diversité des auteurs illustre parfaitement la diversité de notre peuple. »

Pour la composition musicale, il reste attaché à Jeff Tanerii. « Il possède une sensibilité musicale remarquable puisqu’il parvient à faire dialoguer un tō’ere et un violoncelle. » Taloo et Fred Rossoni participent exceptionnellement au projet. « Ils ont tout de suite répondu favorablement à ma demande et je mesure naturellement l’importance qu’ils donnent à la promotion de la littérature autochtone. » Enfin, chorégraphe, compositeur et musiciens travaillent avec des danseuses et danseurs. « Il s’agit aussi pour eux de relever le défi d’un mouvement dansé atypique et complexe. »

Faute de temps, la revue Littérama’ohi ne paraîtra pas cette année. Pīna’ina’i reste fidèle. Les habitués seront au rendez-vous. « Il paraît que Pīna’ina’i ne laisse jamais le spectateur indifférent. Indemne. On transcende l’image pour admirer le reflet. Ce que l’on a en soi. On interroge l’individu et la communauté à la fois. Le spectateur revendique ses propres émotions et engage sa conscience. C’est la force même de Pīna’ina’i. » Les néophytes ont deux soirées pour se laisser convaincre.

Peter Sipeli

profile - peter - copie

Peter Sipeli vit à Suva où il mène de front plusieurs combats à la fois au service de l’art, de la poésie et en faveur de la cause LGBT. Prônant la paix entre les peuples du Pacifique, son engagement est à la hauteur de son talent d’artiste.

Militant engagé et envoûtant, il captive lors de ses interventions (comme récemment à TEDx Suva) prenant la forme de storytelling, « le témoignage de mon vécu, en tant qu’homosexuel mais aussi qu’artiste, poète, car c’est un moyen authentique pour partager et parvenir à faire s’engager autrui ».

En parallèle, l’envie d’écrire l’habite depuis toujours. Des poèmes, principalement. « La souffrance des gens alimente mon engagement en tant qu’activiste et ma créativité en tant que poète. » C’est tout naturellement qu’il fonde en 2012 le « Poetry Shop » à Fidji, scène artistique et haut lieu de rencontres entre aficionados du genre et poètes. Peter Sipeli œuvre à inciter les jeunes talents littéraires à se révéler, tout en invitant les langues à se délier, les cœurs lourds à se délester. Les novices côtoient les plus chevronnés en toute simplicité. Et ainsi, il permet à de nouvelles voix océaniennes d’émerger. Soutien actif de The Spokenword Art Movement, il n’hésite pas à utiliser l’art, l’écriture et l’oralité comme thérapies libératrices.

La plume dans une main, le micro dans l’autre, il s’apprête à réaliser une performance nocturne, intitulée Maps to the ancestors. Sur la base de trois compositions littéraires et poétiques inédites, Peter Sipeli propose une mise en musique de ses textes et une mise en image de sa prose. Une balade singulière pour renouer avec les savoirs des ancêtres, dont la mémoire est activée par l’évocation des mots. A mi-chemin entre le slam et la déclamation, laissez-vous transporter par cette représentation unique !

Performance nocturne vendredi 17 à 19h
Dimanche 19 à 16 h 45 : Rencontre « Vers une autre forme d’expression »

Mireille Vignol – Les joutes de traduction

Photo Mimi ©Christelle Westphal. - copie

Mireille Vignol débarque avec une « brillante idée ». Elle amène les joutes de traduction, un concept lancé par l’association des traducteurs littéraires de France qui vise à mettre en exergue les complexités de l’exercice. Pour les lecteurs francophones, amateurs de littérature étrangère, voilà l’occasion de prendre conscience du rôle charnière du traducteur.

L’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) a eu la « brillante idée » de créer les joutes de traduction. Le principe est simple : deux traducteurs reçoivent le même texte (un extrait de roman, un poème) environ un mois avant l’événement. Ils travaillent chacun de leur côté puis rendent leur « copie » à un arbitrer. Celui-ci compare les deux versions. Il s’intéresse aux différences de style, de choix de mots, de temps, de registre de langue… « Il y en a toujours et pas des moindres », glisse au passage Mireille Vignol.

Le jour de la joute, l’arbitre projette les deux versions traduites et la version originale. Il demande aux traducteurs de justifier et de défendre leurs choix.
« Ce qui est intéressant, c’est que le public compare deux versions françaises du même texte, qu’il peut s’impliquer et parfois trouver des solutions meilleures que celles des traducteurs. En n de compte, ça permet de mettre en lumière les complexités de l’exercice et le fait qu’il n’y a jamais « une » traduction. Il y a plusieurs façons d’appréhender le texte et de lui donner une voix en français. » D’où l’importance, pour les lecteurs francophones amateurs de littérature étrangère de bien choisir le traducteur des œuvres choisies.

Mireille Vignol a découvert le jeu en 2014. Séduite, elle a eu envie d’y participer. Elle a déjà organisé deux joutes pour le Salon du livre océanien à Rochefort. Le succès était au rendez-vous. Nul ne doute qu’il sera aussi à Papeete pendant le salon du livre.

Celle qui se présente comme « une sauvage vivant au cœur de l’Auvergne, avec le cœur dans le Pacifique et des amis un peu partout » est traductrice littéraire depuis 2003. Depuis, elle est rentrée en France après des années passées en Australie. « J’ai toujours eu envie de traduire des romans, de me plonger dans des histoires, de côtoyer des personnages fictifs,
de résoudre les rébus que posent la traduction, de peaufiner, de m’enfuir dans le monde romanesque. » Elle poursuit : « On pourrait croire que c’est une activité solitaire, mais je ne m’ennuie jamais si le bouquin est bon. Et j’ai la chance de traduire surtout de bons livres, qui m’offrent des voyages virtuels dans les coins les plus reculés du monde et de la tête des gens ».

Pour la première fois à Tahiti, une joute de traduction !

Mais quèsaco, une « joute de traduction » ?!
Le concept est simple : deux traducteurs s’affrontent autour de la traduction d’un texte inédit proposé par des auteurs anglophones invités du salon «Lire en Polynésie». La joute consiste à confronter la version de chaque traducteur, grâce à un modérateur qui met en exergue les différences, variantes, contradictions entre les deux traductions. Les traducteurs découvrent le texte de l’autre pendant la séance, en même temps que le public, les textes originaux étant projetés sur écran ou distribués, à côté de la version originale.
Les traducteurs doivent alors « défendre » ou justifier leur version et leurs choix (vocabulaire, registre, temps, style etc.) sous la houlette du modérateur. Il ne s’agit pas de désigner un « vainqueur », ni la meilleure traduction, mais de montrer la multiplicité des solutions et la cohérence des choix effectués, tout en mettant en lumière la complexité de ce métier.
Après la confrontation phrase à phrase, le public peut poser des questions et proposer de nouvelles solutions. Il n’est pas nécessaire de comprendre l’anglais, car l’exercice porte plutôt sur la comparaison de deux textes en français. Plus d’information sur les joutes de traduction en général http://www.atlf.org/category/manifestations-conferences-rencontres/joutes/

Marcus Malte

16/06/2007 MARCUS MALTE Author

Marcus Malte est « un type qui écrit des histoires ». Romancier depuis plus de 20 ans, il a été propulsé au devant de la scène littéraire en 2016 grâce au prix Femina. Il reste un homme humble, un auteur dont les efforts et les doutes sont balayés par les émotions qu’il suscite chez ses lecteurs.

Lui se dit romancier « et c’est tout ». Il est « un type qui écrit des histoires en s’efforçant d’en soigner le fond et la forme. Et qui, de cette façon, tente de créer quelque chose qui approcherait la beauté, l’art ».

Il a commencé vers l’âge de 10 ou 11 ans. « Je m’y suis mis, je pense, parce que j’adorais lire et que j’avais envie de reproduire moi-même ce plaisir que j’éprouvais lors de la lecture. Un phénomène d’imitation. Et puis sans doute aussi parce que j’ai toujours senti le besoin de créer quelque chose. Ce besoin ne m’a pas (encore) quitté. »

Il dit qu’il a lu «de tout». Qu’il a écrit «de tout». « Beaucoup ». Et qu’il y a pris goût et de plus en plus. Son premier roman est sorti en 1996, il avait 29 ans et avait baptisé son texte, Le Doigt d’Horace (parution chez Fleuve noir, réédité chez Gallimard). C’est l’histoire de Mister, un musicien noir qui joue du piano dans une club parisien où un certain Franck, venu le féliciter, lui révèle un soir avoir tué trois individus. Avec Bob, un ami chauffeur de taxi, Mister se lance dans une enquête pour en savoir plus.
La musique, Marcus Malte connaît. « J’ai joué du piano dans ma jeunesse, mais ma jeunesse… est bien loin. Je ne joue plus. » En revanche, il aime à dire qu’il écrit « comme on compose. Le son d’abord. Le rythme, ensuite ». Là, il cite Verlaine à propos de la littérature : « de la musique avant toute chose ». Pour Marcus Malte, il y a un lien très étroit entre la musique et la littérature. « Je suis peut-être un musicien raté qui utilise maintenant des mots à la place des notes. » Peut-être. Les dames du Femina confirment qu’il a bien fait de se mettre à utiliser les mots. Elles lui ont décerné leur prix en 2016 pour Le Garçon, aux éditions Zulma. Ce roman raconte le parcours, au début du vingtième siècle, d’un enfant sauvage et mutique qui va s’efforcer de devenir un homme envers et contre tout.

Une belle leçon d’humilité

Pour l’auteur, la récompense a été « un grand plaisir », « une grande satisfaction », mais en même temps « cela m’a fait gentiment sourire car nombre de lecteurs découvrent mon nom et mon travail aujourd’hui alors que je publie des livres depuis plus de vingt ans ! Combien m’ont demandé, depuis l’attribution du prix Femina, si c’était mon premier roman ! Tout cela reste une bonne chose puisque ça fait découvrir mes romans à un public beaucoup plus large, et c’est en même temps une belle leçon d’humilité ».
Quand il n’écrit pas, quand il ne lit pas, Marcus Malte marche, écoute de la musique, va au cinéma. Il passe aussi beaucoup de temps avec ses lecteurs. « J’ai toujours fait des rencontres avec eux, notamment avec le public scolaire, car j’écris aussi pour la jeunesse. » Cette année en particulier a été extrêmement riche, prix Femina oblige, il a parcouru des centaines de milliers de kilomètres.

Je ne fais peut-être pas ça pour rien

Ces rencontres l’animent. Elles le tiennent sur son chemin, celui de la littérature. « De temps en temps un lecteur, jeune ou moins jeune, me fait part de son émotion après la lecture d’un de mes livres, d’une manière vraiment sincère et touchante, et alors cela m’émeut à mon tour. Cela balaie l’espace d’un instant tous mes doutes quant à la légitimité et à l’utilité de mon travail, cela justifie en quelque sorte ces innombrables heures de labeur : non, je n’ai peut-être pas fait tout ça pour rien… »
Il arrive en Polynésie pour participer à un salon du livre sur le thème [vɛʁ] et aller à la rencontre des scolaires. L’homophonie de ce mot semble « inspirante » pour Marcus Malte. « Pour rejoindre la musique, on pourrait même parler de polyphonie, et par conséquent de polysémie, et tout ça… en Polynésie ! Nous y revoilà : la musique et les mots. C’est tout ce qu’il nous faut. »

Le garçon

LeVieuxJardinAW+Ed. Zulma (2016)

« Ce roman est une météorite tombée dans les plates-bandes du monde littéraire. »
Mona Ozouf, Présidente du jury du Prix Femina
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. «C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, Le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

Les harmoniques

Beau Danube Blues

Couv Les harmoniquesÉd. Gallimard, coll. Série Noire (2011)

Prix Mystère de la critique 2012

Souviens-toi, on rêvait d’un monde de justice…
Vera Nad, vingt-six ans, jeune femme au visage d’ange. Morte. Son corps, ou ce qu’il en reste, est retrouvé un matin dans un entrepôt désaffecté. La police conclut à un règlement de comptes entre dealers. Les coupables sont rapidement arrêtés. Affaire classée. Pas pour tous. Mister, le pianiste au grand cœur, et Bob, son acolyte, chauffeur de taxi érudit, ne croient pas à cette version des faits. Vera était leur amie, ils se doivent de mettre au jour la vérité. Une quête qui les conduira des hautes sphères de la poli- tique française jusqu’aux rives lointaines du Danube. De Paris à Vukovar. Des riches demeures des princes aux charniers des Balkans. Du présent au passé. Car en tout temps règnent le mal et la corruption, en tout lieu les plus bas instincts de l’homme se déchaînent. Et seul l’écho des cris des victimes ne meurt jamais.
Quatre ans après le phénoménal Garden of love, Marcus Malte renoue avec son duo de personnages fétiches pour composer cette fois une somptueuse ballade aux accents jazz. Un chant d’amour, poignant, dans lequel ces « voix chères qui se sont tues » n’en finissent pas de résonner.

 

L’échelle de Glasgow

Couv L'échelle de GlasgowSYROS Jeunesse (2007)

À partir de 9 ans

Pour le faire revenir à la vie, un père entreprend de raconter à son fils Michaël, dans le coma, une histoire qu’il pensait ne jamais dire à personne… Cette histoire, c’est celle d’Astro Man et de Catfish, deux garçons qui, à quinze ans, avaient une vision bien précise de leur avenir : ils voulaient devenir des stars du rock, des guitar heroes… Ils avaient juré, aussi, que leurs routes ne se sépareraient jamais. Mais tandis qu’à force de travail Catfish devenait un honnête guitariste, il apparut très vite qu’Astro Man avait cette petite chose en plus, à la fois évidente et indéfinissable, à laquelle on reconnaît le génie.

Thanh-Van Tran-Nhut, de défis en découvertes

Thanh-Van Tran-Nhut

Scientifique de formation, Thanh-Van Tran-Nhut est une voyageuse dans le temps et dans l’espace. Éprise de liberté, de nouveaux espaces à fouler et de nouveaux domaines à appréhender, elle s’est mise à écrire pour répondre à un défi fou. Un défi que sa sœur lui a lancé il y a bientôt vingt ans.

Thanh-Van Tran-Nhut est une scientifique venue à l’écriture « à l’insu de son plein gré », comme elle dit
en plaisantant. En 1999, sa sœur Kim, physicienne, est venue la trouver avec un pari, l’écriture d’un roman policier situé dans le Viêt-Nam du XVIIe siècle. À l’époque, les deux sœurs n’avaient, ni l’une ni l’autre, de réelle expérience littéraire. « Kim avait placé la barre assez haut. Alors j’ai pensé : Chiche ! Voyons si je suis capable d’écrire sur autre chose que des soucoupes volantes et des extra-terrestres télépathes. »

Née au Viêt-Nam en 1962, Thanh-Van Tran-Nhut a grandi aux États-Unis, où ses parents sont partis étudier en 1968, et en France, où sa famille s’est installée en 1971. « J’ai connu Huê, ancienne capitale impériale, puis le Michigan avec ses blizzards et ses grands lacs gelés, et ensuite de petites villes en Franche-Comté. À chaque pays correspondent une langue et des façons de vivre différentes. Pouvoir en faire l’expérience très tôt a été un immense avantage : on acquiert une flexibilité et une curiosité qui durent toute la vie. »
Lorsqu’il a fallu donner corps à son premier roman, Thanh-Van Tran-Nhut a passé des heures « étrangement agréables » en bibliothèque. « Moi qui roupillais dans les cours d’histoire au lycée ! », se rappelle-t-elle. Elle a aimé remonter le temps, s’est appuyée sur son raisonnement scientifique pour bâtir un scénario qui tienne la route.
« Sans le savoir, je disposais déjà des outils », même si tout restait à découvrir : faire des descriptions, créer des dialogues, insufler un rythme au récit. « Les frontières étaient abolies. La poésie, les légendes, les esprits trouvaient leur place dans l’enquête. »
De ce travail est né le mandarin Tân, un jeune magistrat au service de l’empereur du Dai-Viêt. Un personnage inspiré de l’arrière-grand-père maternel, devenu un mythe familial pour avoir réussi très jeune les concours impériaux. « Il incarnait l’intelligence et la probité », des valeurs exemplaires pour un officier de l’empire.
À mesure qu’il avance dans ses enquêtes — la série comporte désormais huit tomes, parus aux éditions Picquier —, confronté à la corruption généralisée des mandarins, le magistrat voit ses idéaux tomber les uns après les autres. « Et c’est précisément cette remise en question des valeurs qui le rend humain. »
Le mandarin Tân mène aujourd’hui Thanh-Van jusqu’à Tahiti où elle présentera son dernier ouvrage Kawekaweau, édité par Au Vent des îles. Ce roman est l’aboutissement de son projet pour la résidence d’écrivains du Randell Cottage, en Nouvelle-Zélande, dont elle était la lauréate en 2014. « J’ai la chance de revenir dans le Pacifique, dans une somptueuse région. Que demander de plus ? » Thanh-Van Tran-Nhut sait aussi apprécier les cadeaux de la vie.

Kawekaweau

Mise en page 1Éd. Au vent des îles (2017)

À peine installé au Viêt-Nam avec sa femme, Viktor reçoit un colis de Lucie, son amour de jeunesse, récemment décédée. Elle lui lègue des objets de leur vie commune, mais aussi un ultime défi : résoudre une énigme liée au lézard géant rapporté du Pays du long nuage blanc par un équipage français au XIXe siècle — le mythique kawekaweau marqué d’une malédiction. Plongé dans le journal d’un célèbre amiral arpentant les antipodes, Viktor s’aperçoit qu’entre les lignes du rapport officiel se cache un drame ignoré de tous. Une boîte à trésor maorie, un pendentif en jade vert, des photos d’un monde évanoui… Ces objets d’un autre temps recèlent, eux aussi, le dernier message de Lucie à Viktor.

Dans ce roman, Thanh-Van Tran-Nhut met entre parenthèses les enquêtes du mandarin Tân pour s’immerger dans une Nouvelle-Zélande envoûtante, dévoilant une autre facette de son talent d’écrivain.

Iain Levison

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Iain Levison a grandi en Amérique. Un pays qu’il connaît bien et dont il pointe les travers, livre après livre. Il se range du côté des gens ordinaires. Il peint leur quotidien qu’il saupoudre de traits d’humour pour mieux dire l’injustice, les inégalités et la violence.

Né en Écosse, élevé dans un quartier pauvre d’Aberdeen avec sa mère célibataire, Iain Levison a ensuite émigré avec sa famille réconciliée vers une banlieue aisée de Philadelphie. C’est là, en Amérique, qu’il a grandi.

Il a suivi des cours dans une université de lettres qu’il a quittée pour s’engager dans l’armée. Après deux ans, il entre dans la vie professionnelle, par la petite porte.
Il a exercé 42 petits boulots « de m… ». Ses diverses expériences lui ont inspiré Tribulations d’un précaire, son premier livre. Elles ont pavé un chemin qui l’a mené vers un nouveau métier, celui d’écrivain. « Mon nom est Iain Levison et j’écris sur l’Amérique, principalement sur ce qui ne va pas en Amérique, ce qui me donne beaucoup de travail. » Ses années de galère lui ont permis de cerner son pays d’adoption. Sa plume, vive, loufoque, drôle, pertinente a fait le reste.
À l’entendre, Donald Trump n’est pas le « problème […] mais le symptôme d’une longue maladie ». L’Amérique serait, d’après lui, malmenée depuis trente ans. Voter Trump serait une réaction au désordre. « Mes livres parlent de ça, de la mauvaise gestion. J’essaie de raconter des histoires simples à propos de gens ordinaires. Je montre que les choix politiques, l’apathie et l’intérêt personnel de nos gouvernements successifs ne sont pas sans conséquences sur les individus. » Dans ce contexte, il créé des personnages agréables qui évoluent dans des situations souvent banales. Il use de l’humour noir pour mettre en exergue un point particulier. « Je pense que l’humour marque plus les lecteurs qu’une polémique par exemple. »
Ce qui compte c’est ce qui se trouve au fond de lui et qu’il a à donner. Les moyens dont il dispose importent peu. Il écrit là où il se trouve. « Je n’ai ni rituel, ni discipline particulière. J’écris à n’importe quelle heure de la journée. Je m’arrête quand je suis fatigué ce qui arrive parfois dix minutes après avoir commencé. J’ai toujours le sentiment que je pourrais être un meilleur écrivain si je m’astreignais à une certaine discipline mais alors je me sentirais devenir un robot.»
Ses trois derniers livres ont été écrits dans trois différents pays. Le prochain sera écrit dans un quatrième pays, en Allemagne, où il est souvent actuellement. « Ça serait génial de pouvoir avoir une bibliothèque comme celle d’Hemingway surplombant une baie de Cuba où je pourrais m’installer des heures durant. Mais je pense qu’écrire dans des environnements différents à chaque fois apporte un petit plus à mes textes. »
Ses textes ont séduit au-delà de la critique et des lecteurs. Deux de ses livres sont passés sur grand écran. « Ils sont tous les deux très différents. Chaque réalisateur y a injecté sa propre personnalité, j’ai le sentiment d’un joli travail collaboratif. Voir quelqu’un qui s’approprie son texte est l’une des choses les plus excitantes qui puisse arriver à un auteur. C’est tout à la fois public et intime. »

Ils savent tout de vous !

A Mathematician (?)Taduit par Fanchita Gonzalez Battle
Éd. Liana Levi (2017)

« C’est noir, ubuesque, caustique, irrésistible. » Le Point Avez-vous déjà rêvé de lire dans les pensées des gens? Savoir ce que se dit la serveuse en vous apportant votre café du matin. Ce que vos amis pensent vraiment de vous. Ou même ce que votre chat a dans la tête. Eh bien, c’est exactement ce qui arrive un jour à Snowe, un flic du Michigan. Au début, il se croit fou. Puis ça l’aide à arrêter pas mal de faux innocents… À des kilomètres de là, un autre homme est victime du même syndrome. Mais lui est en prison, et ce don de télépathie semble fortement intéresser le FBI… Iain Levison nous entraîne dans un suspense d’une brûlante actualité, où la surveillance des citoyens prend des allures de chasse à l’homme. Mais sait-on vraiment tout de nous?

Steeven Labeau

Steeven-labeau @Bénédicte Locqueneux - copie

Steeven Labeau, illustrateur de livres jeunesse, de bandes-dessinées et de jeux vidéos s’attache à faire voyager ses lecteurs. Assoiffé d’aventures et de découvertes, il émaille ses histoires d’anecdotes de vie qui, espère-t-il, touchent et bousculent ceux qui le suivent.

Transporter les autres, les faire rêver, rire et les toucher à travers des mots ou des images, voilà ce qui anime l’illustrateur Steeven Labeau. Ses images, pensent-ils « communiquent des idées, suscitent des vocations, ouvrent des portes ou permettent des initiatives qui dépassent le seul support sur lequel elles sont posées, et qu’on n’imagine pas forcément sur le moment ».
En somme, le monde dessiné de Steeven Labeau, est un champ des possibles. Pour preuve, ce souvenir d’une petite fille aux yeux brillants, venue lui demander une dédicace au sortir d’une conférence.
Steeven Labeau a illustré Tita et les esprits de la forêt aux éditions des Mers Australes et écrit par Ophélie Marten-Jeanroy. Les deux auteurs ont demandé aux lecteurs de faire voyager l’ouvrage en se prenant en photo avec aux quatre coins du monde (#TitaEnVoyage). En 2016, Steeven Labeau est intervenu pour parler de son métier et de son parcours. « À cette occasion, j’ai fait référence à Tita et les esprits de la forêt et à l’initiative que nous avions lancée Ophélie et moi. À la fin, une petite est venue me voir, le regard pétillant, me disant qu’elle aimait beaucoup Tita et qu’elle la ferait voyager. » Ce jour-là, quelque chose s’est passé. « Ce jour-là j’ai été touché par son envie de participer à l’initiative et peut-être bien que quelque chose d’important lui a été transmis. » Ce jour-là Steeven Labeau trouvait une raison de plus pour continuer sur sa voie.

Sa voie, il l’a choisie très jeune. « J’ai grandi en Martinique au sein d’une famille où ma mère écrivait et où mon père, ma sœur ainsi que mon frère dessinaient. » C’est dans ce contexte qu’il a cultivé sa passion du dessin au point de vouloir en faire son métier. « J’ai toujours rêvé d’évasion et d’aventures, et c’est à travers les histoires que je lisais que je parvenais à le faire. Par la suite, j’ai eu envie de raconter des histoires à mon tour, a n que d’autres personnes puissent s’évader elles aussi. » Depuis, il n’a jamais cessé de voyager et faire voyager.

Pour cette édition 2017 du salon livre, il présentera Tita et le voleur de couleurs, la suite de Tita et les esprits de la forêt. Il profitera de son passage pour découvrir Tahiti qui l’attire « irrésistiblement » et pour aller à la rencontre de ses lecteurs qui « ont donné sa chance à Tita, et qui ont ainsi permis que se produise une grande aventure littéraire et humaine ».

Tita et le voleur de couleurs

Cover_Tita02Éd. Mers Australes (2017)

Tahiti court un grand danger : les couleurs de l’île sont en train de disparaître. Et la petite Tita va prendre tous les risques pour arrêter ce maléfice avant qu’il ne soit trop tard. Quitte à sauter dans l’œil d’un cyclone, s’aventurer dans le dixième ciel, et à parlementer avec les dieux…

 

 

« Dessine Tita comme Steeven ! »

Atelier d’illustration animé par Steeven Labeau, d’après la série « Les aventures de Tita »
Prêt(e) pour une grande aventure en dessins ? Deviens l’apprenti(e) illustrateur(trice) de Steeven Labeau ! Dessiner l’intrépide Tita n’aura plus de secrets pour toi, et tu pourras ainsi transporter notre petite héroïne dans ton univers illustré par tes crayons, inspiré du livre Tita et les esprits de la forêt !

Sur inscription, à partir de 6 ans. Durée : 1h30 Samedi 18 novembre | 10 h 30 | salle Mahana

Caty & Gilbert Banneville – Quand la plume rencontre le pinceau

Caty BANNEVILLEGilbert BANNEVILLE

 

 

 

 

 

Caty et Gilbert Banneville sont en couple sur la scène littéraire comme dans la vie. Ils signent pour cette nouvelle édition du salon du livre Le voyage de la flûte de roseau aux Marquises, un album jeunesse proposé par les éditions Haere Po.

La première fois que la peintre Caty Banneville a exposé à la Maison de la culture, une chorale chantait un morceau de Josquin Des Près dans la salle voisine.
« C’est la musique qui accompagnait mon travail quand nous étions aux Marquises », précise l’artiste. Les chanteurs sont venus au vernissage et ont chanté à nouveau. « J’ai pris une toile, je l’ai découpée en autant de morceaux qu’il y avait de chanteurs. C’était magique ! »
Le lendemain, Caty Banneville se mettait en route pour trouver un éditeur susceptible de publier leur premier livre à elle et son mari Gilbert. « On m’a parlé des éditions Haere Pō que j’ai contactées. » Denise Koening l’a reçue et, pour se présenter, à eu ces mots :
« Caty, j’ai chanté le morceau de Joaquin Des Prés pour toi au vernissage, pourquoi ne m’as-tu pas dit que vous écriviez un livre ? Tu as carte blanche ! » Ainsi commençait la vie littéraire du duo.
Gilbert est un homme heureux qui a vécu pleinement ses passions : enseignement, lecture, haute-montagne, musique, lutherie et bien sûr écriture. « Je collabore depuis 37 ans avec la femme de ma vie. Nous avons une ribambelle d’enfants et de petits-enfants merveilleux. » Pour Caty, Gilbert est un conteur. « Avec trois mots cités par ses petits-enfants, il peut inventer une histoire qui dure des heures. »
Caty se dit « femme peintre, mère et grand-mère », « peintre en voie d’écriture ». Elle a écrit tous les jours depuis l’âge de 15 ans. « La toile est aussi blanche que la page chaque matin. » Gilbert précise : « elle est tombée dans la marmite toute petite. Sa féminité a fait le reste. J’ai la chance de vivre au milieu de sa peinture dont je suis le premier critique. Grand et terrible privilège dans les périodes de doute ! »
Ensemble, ils sont les auteurs de livres de littérature jeunesse. Gilbert raconte leurs travaux : « chacun raconte, sans concertation préalable, la même histoire, la juxtaposition des deux récits ou des deux lettres parallèles est un des concepts de notre travail ». En fait, « lui écrit, il me lit, je critique, il déteste mais il revoit. Nous discutons, il réécrit. Ses textes, je les vois en images ». Et c’est ainsi que tout fonctionne.
En guise de conclusion, à la question « À qui vous adressez-vous quand vous créez des livres ? », Caty répond : « à tout le monde, aux enfants, aux adultes, aux vivants, aux esprits, aux ancêtres. À ceux que j’aime. »

Voyage d’une flûte de roseau aux Marquises
Te koute‘e o te vivo kakaho

couverture flûteÉd. Haere Pō (2017)

Dans le sillage d’une flûte en roseau péruvienne se dessine la rencontre entre les peuples de l’Amérique du Sud et de l’Océanie — ainsi qu’une belle histoire d’amour entre une jeune fille de la vallée de Hakaui à Nukuhiva et un jeune garçon qui a quitté ses Andes natales.

Illustré par Caty Banneville, le texte français de Gilbert Banneville et marquisien de Marie-Christine Teikitohe rend compte de ce moment mémorable.

Auriane Dumortier

Portrait Auriane DUMORTIER

Auriane Dumortier est auteure et fondatrice des éditions De BAS En HAUT en Nouvelle-Calédonie. Elle présente au salon du livre de Papeete, deux de ses albums qui traitent d’un sujet qui lui est cher : la communication NonViolente.

« Notre ligne éditoriale est claire : publier des livres illustrant la Nouvelle-Calédonie tout en encourageant la bienveillance éducative et la communication NonViolente. Ça n’aurait pas eu de sens pour moi d’écrire des livres qui soient mignons, rigolos ou juste sympas… Il fallait que je puisse exprimer quelque chose qui me tenait à cœur », explique Auriane Dumortier, auteur de littérature jeunesse et créatrice des éditions De BAS En HAUT. La communication NonViolente est, selon elle, « un processus de communication qui favorise une qualité d’écoute, un respect et une empathie chez ceux qui la pratiquent. Elle nous invite
à reconsidérer notre façon de nous exprimer, à écouter et à résoudre les conflits, en plaçant notre conscience sur ce que nous observons, sur ce que nous ressentons, sur ce dont nous avons besoin et sur ce que nous demandons ». Tout l’enjeu étant de permettre aux enfants et aux adultes de grandir dans le respect de soi et des autres.

Auriane Dumortier est arrivée en Nouvelle-Calédonie à l’âge d’une semaine. Elle a 37 ans aujourd’hui. Elle a été diplômée de Sup de Co, responsable des études à l’École de gestion et de commerce de la Chambre de commerce d’industrie de Nouméa. Et puis, un jour, elle est devenue maman. Elle a décidé de prendre du temps pour ses enfants durant leurs premières années de vie. « C’est, jeune maman, dans des moments dificiles, comme les grosses colères de mon aînée, que je me suis rendue compte que l’amour ne suffisait pas à tout résoudre, que j’avais besoin d’outils concrets pour m’aider au quotidien. » Elle a lu sur la parentalité bienveillante et a eu « la chance » de participer avec son mari à un atelier de communication « parents-enfants » de l’approche Faber et Mazlish. De tout cela est née l’envie de créer des albums jeunesse sur le thème de la parentalité bienveillante.

Deux ouvrages ont déjà été publiés par la jeune maison d’édition : Naomie est en colère et Les Cadeaux de Lucas. Le premier dit que si la colère est une émotion légitime et qu’elle est difficile à gérer par les grands et les petits, elle peut être accueillie et entendue pour être canalisée. Le deuxième album met en avant certaines valeurs fondamentales pour Auriane Dumortier qui sont : la créativité, l’accueil des émotions et l’écoute empathique de l’autre. Elle a aussi cherché à inspirer les enfants qui voudraient s’affranchir des « étiquettes » qui peuvent leur être assignées, « de ne pas se laisser dé nir par son entourage » comme noterait Sophie Dumortier, l’illustratrice avec qui elle a co-écrit l’album.

Les cadeaux de Lucas

VISUEL COUV LUCAS 220X220Éd. DE BAS EN HAUT (2014)

Un après-midi de décembre, Lucas rentre de l’école perplexe : ses copains lui ont affirmé que le Père-Noël n’existe pas ! Tiraillé entre son désir de croire et son envie de savoir, Lucas décide qu’après tout, le Père-Noël est sans doute bien réel mais que le vieil homme à la barbe blanche pourrait rencontrer des difficultés pour trouver la Nouvelle-Calédonie ou même… perdre les cadeaux en route !
Un Noël sans cadeaux… ce serait terrible !

Naomie est en colère

Naomie 1ère couvÉd. DE BAS EN HAUT (2014)

Ce soir, Naomie doit aller se brosser les dents et se coucher tôt… mais ce que veut cette petite fille, c’est manger encore et encore de la glace au coco au dessert et aller jouer, pas dormir ! Alors, elle se sent très en colère…

Sa poupée lui explique ce qu’elle fait, quant à elle, quand la colère l’envahit : crier fort pour la faire sortir et puis, si elle n’est pas complètement bien partie… la dessiner !

Hélène Kérillis

Hélène Kerillis - crédit Vadelorge

Hélène Kérillis est une auteur de littérature jeunesse. Passionnée de lettres et d’art, dotée d’une curiosité humaniste, elle se sent « de plain-pied » avec les enfants. Des lecteurs qu’elle considère et respecte, dépassant par là les préjugés afférents à la littérature jeunesse.

« Un des souvenirs les plus touchants a été la rencontre avec des enfants en classe d’adaptation en raison de leurs dificultés scolaires », se rappelle Hélène Kérillis, auteur de littérature jeunesse. « L’un d’eux est venu me confier, à la fin de la rencontre : “ Merci, parce que vous nous avez acceptés. ” Il voulait signifier que le contact était passé entre êtres humains, sans jugement a priori. » À cet instant, l’auteure a pris conscience de deux choses : « d’abord qu’il était certainement victime de ségrégation, peut-être même dans la cour d’école, ensuite que ma manière d’être, qui me semblait toute ordinaire, l’avait sorti de son quotidien et lui avait renvoyé une autre image de lui-même et de ses camarades. N’est-ce pas la preuve que l’écriture nous change ? ».

Hélène Kérillis écrit pour les enfants, des lecteurs « curieux, disponibles et exigeants, sans être encombrés par les préjugés ou la barrière des convenances ». Spontanés, profonds, ils sont aussi traversés par des émotions aussi fortes que celles qui traversent les adultes. Ils offrent enfin aux auteurs la liberté. « Les auteurs jeunesse sont ignorés par les grands médias qui négligent et parfois méprisent les livres pour la jeunesse ! Mais les auteurs et les illustrateurs, s’ils perdent en prestige, gagnent en liberté… », assure-t-elle. C’est avec les enfants, donc, qu’elle a choisi de partager ses passions, les images et les mots. « Ils tissent en moi, entre eux et avec les lecteurs des liens surprenants et riches, qui rendent perceptible le chatoiement du monde ». À Tahiti, elle ira à la rencontre des scolaires et jeunes lecteurs de passage au salon avec une surprise. Elle présentera en avant-première le titre Vert/ Green, premier d’une série dédiée aux couleurs dans la collection Mini Léon (voir encadré).
Une surprise qui se présente comme un cadeau. « J’ai vécu trois ans à Mahina et Papeete, quand j’ai enseigné au Collège du Taaone, entre 1979 et 1982 », rapporte-t- elle. « Je garde un souvenir d’autant plus inoubliable de la Polynésie que mon premier enfant est né à l’hôpital de Mamao. J’ai encore une photo de lui dans les bras de sa nounou tahitienne à la crèche ! C’est une chance inespérée de retourner à Tahiti. » Beaucoup d’émotion en perspective…

Vert/Green

Éd. Léon Art & Stories (2017)

Couv Vert_GreenL’art, l’anglais, l’humour, un cocktail vitaminé dès 4 ans ! Léon, le héros récurrent de la collection Mini Léon, est un caméléon plein d’inventivité. Sur chaque double-page, Léon interagit avec des œuvres d’art d’époques et de styles différents dans de courtes séquences humoristiques façon strip de BD. On croise le Douanier Rousseau, Hopper, Raysse, Gauguin, Véronèse, Cézanne, Kandinsky… Mini-Léon, mais il fait le maximum ! Dans cet album bilingue français / anglais, édité à l’occasion du salon «Lire en Polynésie», Léon se met au vert ! Il parcourt la jungle, joue avec des copains verts, jardine, plonge dans un lagon tahitien, apprécie la menthe à l’eau et pour finir, il fait exploser les couleurs !

Mini Léon

Après une vingtaine d’années dans la carrière d’auteure, Hélène Kérillis a eu envie «de prendre les rênes». Elle avait l’idée d’une nouvelle collection de livres d’art pour les enfants qu’elle désirait développer elle-même avec cette certitude ancrée en elle : « Il faut donner l’Art à l’enfant comme on lui donne l’alphabet », selon André Malraux.

Avec un concepteur-designer elle créé Léon art & stories fin 2012 pour de premières parutions en mars 2013. Une collection pour les 6-10 ans, intitulée Art-Fiction, est née puis en 2015 Mini Léon, une collection bilingue pour les 3-6 ans, a vu le jour. Le catalogue de Léon art & stories compte vingt-trois titres, quatre nouveaux étant en préparation pour cet automne et pour le printemps prochain.