Anne Magnan-Park – “ Traduire, c’est donner sa langue au chat et attendre qu’il nous la rende ”

Anne Magnan-Park a deux casquettes. Elle est maître de conférences à l’université d’Indiana (USA) où elle enseigne les littératures anglophones et francophones du Pacifique depuis une dizaine d’années. Elle est également traductrice d’auteurs de cette région comme Patricia Grace ou Selina Tusitala Marsh.

Portrait Anne Magnan-ParkÀ la question « pourquoi se focaliser sur les auteurs du Pacifique ? », Anne Magnan-Park répond :

« Parce que les peines et les joies de leurs personnages me parlent, leurs réalités culturelles m’interpellent. »

Avec ses étudiants, elle dit « s’attacher à étudier la signature stylistique de chaque auteur, leur façon d’aborder certaines thématiques, les liens qui attachent leurs récits à une culture ancestrale et à des moments historiques bien précis, ce que disent leurs récits sur cette culture et sa relation au monde ». Lorsqu’elle porte sa casquette de traductrice, c’est une autre histoire.

« Traduire, c’est questionner, être attentive aux réponses du texte et interpréter. Du coup, la traduction porte forcément la patte du traducteur. C’est une lente réécriture. »

Anne Magnan-Park maîtrise le français, sa langue maternelle, l’anglais, sa langue d’adoption et possède une grande connaissance du Pacifique. Pour elle, la traduction n’est pas une simple mise à disposition d’un savoir faire. C’est un échange qui naît d’un respect mutuel entre l’auteur et son intermédiaire bilingue.

Deux mondes se rencontrent alors. Elle précise : « Je suis une lectrice-traductrice provençale : je m’octroie toujours une petite sieste récréative avec les textes. J’ai besoin de connaître les personnages, de les comprendre. Je veux savoir en quoi le texte que je traduis se distingue des autres livres écrits par l’auteur et je veux comprendre la place que tient le texte sur la scène littéraire de son pays. » Dans l’idéal, la traductrice aimerait pouvoir s’entretenir avec les auteurs au préalable. « L’occasion se présente rarement. On se contente de faire un brin de causette avec ses bambins de papier. »

Pour faire ses choix, elle s’appuie « sur la voix du personnage et le ton du récit ». Des éléments qui tiennent eux-mêmes à des préférences liées au passé, une oreille particulière, des lectures marquantes, des tics. « Il y a des mots que l’on a dans la peau, d’autres que l’on a en horreur, parce qu’on les associe à certains moments de notre vie, à certaines personnes », explique Anne Magnan-Park. « On affectionne le son de certaines consonnes, le rythme de certaines phrases, des passages d’autres livres qui nous ont séduits. » Elle ajoute : « On se pose des questions comme : “Comment Patricia Grace parvient-elle à créer un monde si complexe avec autant d’économie ? Est-ce qu’elle aurait choisi un passé simple ou un passé composé dans ce passage descriptif, aurait-elle opté pour un article féminin ou masculin pour ce terme māori ?” ». Le salon du livre sera l’occasion de belles rencontres et de nouvelles réponses.

Rendez-vous

Jeudi 15/11 | 9 h 25 | Fil rouge – Translate for Toddlers

Jeudi 15/11 | 10 h 20 | Conférence – Les personnages des nouvelles et des albums jeunesse de Patricia Grace

Jeudi 15/11 | 16 h 05 | Table ronde – Voix littéraires, poétiques et… politiques !

Jeudi 15/11 | 18 h 05 | Perfomance poétique et lectures scénarisées du recueil de poésie Casse-Calebasses

Vendredi 16/11 | 16 h 55 | Rencontre – Talanoa avec Selina Tusitala Marsh

Vendredi 16/11 | 19 h 35 | Rencontre avec Patricia Grace autour de son roman Chappy et de son album jeunesse Haka


Capture d’écran 2018-11-01 à 14.54.55Un livre pour tous

Dans un souci de partage et d’échanges, Anne Magnan-Park a mis en place Translate for Toddlers avec son université. Des étudiants et bénévoles traduisent des livres pour enfants, « puis nous offrons les ouvrages et leur traduction à des familles ou à des institutions caritatives locales ». Un partenaire, Better World Books, a envoyé gratuitement plus de mille livres en 2017. Le projet n’a que deux ans, mais il a eu tant de succès que le programme d’espagnol a décidé de participer à l’aventure. « J’en suis ravie parce que les besoins sont bien plus grands en espagnol qu’en français. » Un lycée de Rochefort s’est également associé au projet en 2018. Anne Magnan-Park est heureuse de cet engouement « d’autant que traduire des livres pour enfants est un excellent exercice pour des traducteurs en herbe. Tout le monde peut s’y associer, il suffit de m’écrire ! ». Contact : amagnanp@iusb.edu


Des petits trous dans le silence

de Patricia Grace, traduit pas Anne Magnan-Park Éditions Au vent des îles [2014]

Ce recueil met en scène des personnages qui font face à la solitude et au silence. Patricia Grace y commente les conséquences de l’urbanisation en Nouvelle-Zélande. De nouvelle en nouvelle, le silence est pénétré par les petits trous que forment la présence, la parole, le regard ou le souvenir d’autrui. Les personnages, toujours conscients de leur identité, recherchent le confort d’une complicité. Parce qu’ils ont appris à vivre de peu et connaissent l’importance de l’autre, ils apprécient la valeur de l’échange humain, dans lequel ils retrouvent de l’espoir.


Casse-Calebasses – Calabash Breakers

Traduit par Anne Magnan-Park – Éditions Les petites allées [2018]

Quatre poèmes bilingues (anglais et français) de la poétesse officielle de la Nouvelle-Zélande en 2017, qui a des origines dans plusieurs lieux dont Samoa et Tuvalu, la France et l’Angleterre, et qui écrit comme elle boxe, avec énergie et talent. Livré sous sachet cellophane avec une enveloppe assortie.